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Affaire du Mediator: un impact économique limité pour Servier

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- - FRED TANNEAU / AFP

L'affaire du Mediator a nourri la défiance de l'opinion publique française vis-à-vis de l'industrie du médicament, mais elle aura eu un impact économique modéré sur le groupe Servier, selon des économistes.

Le procès du Mediator s'ouvrira lundi à Paris. Un médicament tenu pour responsable de centaines de morts et retiré du marché fin 2009. Un scandale qui n'a pas empêché le groupe Servier de rester un acteur de poids du secteur pharmaceutique. Sur l'année 2017-2018, les laboratoires ont affiché un chiffre d'affaires de 4,2 milliards d'euros, contre 3,7 milliards d'euros en 2010, selon le groupe.

Alors comment expliquer cette résistance? Tout d'abord, le Mediator est surtout un scandale français. Or, Servier tire une grande partie de ses revenus de l'international, avec plus de 9 boîtes sur 10 de médicaments princeps Servier vendus hors de l'Hexagone. 

Par ailleurs, Servier est essentiellement présent en France sous la marque de génériques Biogaran, qui représente 80% du chiffre d'affaires du laboratoire dans le pays. Or « le grand public ne sait pas que Biogaran est Servier », commente auprès de l'AFP Stéphane Billon, économiste de la santé et fondateur du cabinet de conseil Kamedis. Quant au Mediator, il représentait en moyenne moins de 2% du chiffre d'affaires de Servier de 1989 à 2010, selon les chiffres du laboratoire pharmaceutique.

Enfin, côté indemnisations, Servier a versé aux victimes près de 132 millions d'euros, d'après un décompte arrêté fin août. Un montant dont il veut se faire rembourser 30% par l'Etat, dont la responsabilité partielle a été reconnue par une décision du Conseil d'Etat en 2016.

Pour Stéphane Billon, « 130 millions d'euros, ce n'est rien: la construction d'une usine pour un industriel comme cela, c'est 500 millions d'euros ». Selon lui, « l'estimation de ces indemnisations est faite par Servier. On aurait dû créer une commission d'indemnisation neutre ». 

Le procès du Mediator débutera lundi à Paris, les audiences dureront six mois. 14 prévenus et une dizaine de personnes morales seront appelés à la barre. Près de 4 mille victimes présumées se sont constituées parties civiles. L’audience s’ouvrira en revanche sans Jacques Servier, le fondateur des laboratoires est mort en 2014 à l'âge de 92 ans.

La rédaction