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Les étranges liens entre addiction au travail et troubles psychiatriques

Le taux de dépression est trois plus élévé chez les accros au travail que les salariés qui savent faire une coupure.

Le taux de dépression est trois plus élévé chez les accros au travail que les salariés qui savent faire une coupure. - Concord90- CC

"Travailler 15 heures par jour est-il uniquement le signe d'une motivation sans faille et d’un engagement intense? Selon une étude norvégienne, les bourreaux de travail souffrent davantage que les autres salariés d'affections psychiatriques, comme la dépression ou les troubles obsessionnels."

Premiers arrivés, derniers partis, les bourreaux de travail n'hésitent pas non plus à revenir le week-end de leur propre volonté pour terminer quelques dossiers qu'ils jugent pressants. Une capacité de travail et une disponibilité que l'entreprise ne voit pas forcément d'un mauvais œil. Mais les patrons vont peut-être changer leur regard sur eux, au vu des résultats d'une étude norvégienne: ces accros au travail présentent davantage de troubles psychiatriques que la population qui ne mise pas tout sur leur vie professionnelle.

La chercheuse en psychologie, Cecilie Schou Andreassen, travaillant à l'université de Bergen, a dirigé une étude portant sur un échantillon de 16.426 travailleurs, qui a été remarquée par Quartz. La scientifique a mis en avant un rapport étroit entre l'addiction au travail et certaines pathologies mentales. Avec, en tête de liste, l'anxiété, dont 33,8% des accros au travail souffrent, soit trois fois plus que les autres salariés. Ces fous du travail sont aussi plus frappés par des troubles de l'attention, avec ou sans hyperactivité: ils sont 32,7% à en souffrir alors que seuls 12,7% des salariés présentent les mêmes symptômes. Les accros au travail sont aussi plus frappés par les toc (25,6 % contre seulement 8,7% parmi leurs collègues). Enfin, 8,9% souffrent de dépressions, contre 2,6% de la population normale.

Travailler trop pour oublier ses symptômes

Les chercheurs n'ont pu déterminer le lien de cause à effet entre ces troubles psychiatriques et l'addiction au travail. En effet, pour ceux qui souffrent de troubles de l'attention, multiplier les heures seraient le seul moyen de surmonter ce handicap et de délivrer ainsi un travail correct. Tandis que pour ceux qui souffrent de Toc ou de dépression, le travail pourrait être vu comme un moyen d'oublier leur mal être pendant un moment.

Une autre chercheuse, Mariane Virtanen, qui œuvre à l'institut finlandais de la santé au travail, part du principe que, comme de nombreux troubles psychiatriques font leur apparition lors de l'enfance, ils sont antérieurs à l'addiction au travail. Mais elle nuance toutefois en expliquant que l'addiction au travail peut, sur le long terme, faire ressortir des symptômes psychiatriques qui seraient passés inaperçus chez d'autres." Cependant il est paradoxal que les gens cherchent à faire face à leurs symptômes en se surchargeant de travail", estime Mariane Virtanen.

Pour Schou Andreassen, il est évident que "travailler à l'extrême peut être un signe de problèmes psychologiques et émotionnels profonds". Un bel argument à avancer à un patron ou un collègue qui tique de vous voir partir si tôt du boulot. Rétorquez-lui qu'en agissant ainsi, vous donnez la preuve de votre équilibre mental.

C.C.