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L'ennui au travail, un mal aussi dangereux que le surmenage

Les salariés victimes de bore-out se sentent dévalorisés et surtout culpabilisent d'être payés à ne rien faire.

Les salariés victimes de bore-out se sentent dévalorisés et surtout culpabilisent d'être payés à ne rien faire. - Wokandapix- CC

"Une surcharge de travail et de stress peut conduire les salariés au burn-out. Mais à l'inverse, occuper un poste où l'on n'a rien à faire de sa journée peut aussi mener à un épuisement physique et moral. Au point qu'un salarié a décidé d'attaquer son ancien employeur pour bore-out."

Si beaucoup de salariés trouvent les journées trop courtes pour mener à bien leurs missions, d'autres se demandent comment ils vont bien pouvoir s'occuper pendant leurs heures de bureau. Au fil des jours, cet ennui au travail peut mener au syndrome du bore-out, qui se caractérise par l'épuisement physique et moral.

Une situation difficile à vivre qu'a connue Frédéric Desnard, ancien salarié d'Interparfums, qui le conduit ce lundi à passer devant le conseil des Prud'hommes. Cet ancien responsable des services généraux entend obtenir réparation pour sa mise au placard qui l'a conduit à la dépression et au final à un licenciement.

Cette première en France permet de mettre en lumière le bore-out, un syndrome qui vient s'ajouter à la liste des maux du travail. "Les salariés, les agents publics utilisent des mots comme cela à la mode. À un moment donné c'était le harcèlement, puis le burn-out et peut-être maintenant le bore-out, tout cela pour pouvoir exprimer un mal être au travail", explique l'économiste Jean-Claude Delgenes à BFM Business.

Une situation culpabilisante

Même si certaines professions sont plus exposées à l'ennui, comme les postes de surveillance ou encore les consultants entre deux missions, tous les secteurs et toutes les fonctions sont exposés. "Ce sont surtout des personnes qui sont soit surqualifiées et qui ont un travail qui n'a pas de sens pour elles, soit ce sont des gens qui sont mis sur la touche", détaille Jean-Claude Delgenes.

Une fois que le salarié a épuisé les parades, comme multiplier les pauses café, consulter mille fois son profil Facebook ou encore éplucher toute l'actualité du jour, il se retrouve alors face au néant de sa journée. Ce manque de stimulation intellectuelle est très dévalorisant, et provoque des phases de stress tout en menant à une profonde culpabilité. Vu le taux de chômage et le nombre de salariés débordés, il est difficile de faire entendre que l'inactivité aussi peut être nuisible.

Un coût pouvant atteindre 13 milliards

Le phénomène est loin d'être marginal. Il toucherait entre 5 à 7% de la population active. "Ces gens qui s'ennuient coûtent de l'argent à l'entreprise, par un manque de productivité mais aussi bien entendu à la sécurité sociale car la maladie est prise en charge par la collectivité", indique Jean-Claude Delgenes. Pour la haute fonction publique, l'économiste estime que le bore-out coûte environ 65 millions d'euros. "C'est la conséquence de mobilités mal préparées des fonctionnaires qui devraient être affectés à une agence pour travailler au sein des PME plutôt que de rester à ne rien faire" regrette l'économiste. Au global, le coût du bore-out pour la société est estimé entre 9 et 13 milliards d'euros en France. Soit autant que l'absentéisme.

C.C.