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Hauts salaires des patrons, un principe qui remonte à la préhistoire

Les salariés estiment que les patrons ont le droit à une rémunération élevée mais doivent être en mesure de développer l'entreprise face à la crise et la concurrence.

Les salariés estiment que les patrons ont le droit à une rémunération élevée mais doivent être en mesure de développer l'entreprise face à la crise et la concurrence. - Geralt

Aux yeux des salariés, la rémunération élevée d'un dirigeant apparaît légitime s'il assume ses responsabilités en les protégeant lorsque les temps sont durs. Une logique née au temps des chasseurs-cueilleurs, selon un expert en leadership.

Chaque année, la divulgation des rémunérations des grands dirigeants d'entreprises met une partie de la France en émoi. Pourtant l'écart de salaire entre les patrons et les salariés a beau s'amplifier, l'harmonie sociale n'en est pas menacée pour autant. C'est la thèse développée par Simon Sinek un conférencier britannique spécialisé dans le leadership. Pour lui, ce grand écart tire sa légitimité de la préhistoire. Voici plus de 50.000 ans lorsque nos ancêtres vivaient de chasse et de cueillette et évoluaient dans un monde plein de dangers, la survie de la tribu nécessitait de respecter une hiérarchie.

"Lorsque nos ancêtres revenaient de la chasse, toute la tribu avait faim. Mais il n’était évidemment pas question que tous les membres se jettent en même temps sur la nourriture. Cela aurait conduit au chaos et menacé la survie du groupe", explique Simon Sinek dans des propos recueillis par un journaliste suisse du quotidien Le temps. Les homos sapiens auraient alors établi un ordre de préséance, déterminant ceux qui avaient le droit de se sustenter les premiers, à savoir les chefs. En échange du droit qui leur était octroyé de pouvoir choisir les meilleurs morceaux et de bénéficier d'autres avantages en nature (hutte plus confortable, choix des conjoints), ces chefs avaient des responsabilités comme celle, primordiale, de protéger le clan.

Qui critiquerait un bonus pour Gandhi ou Mère Thérésa ?

Aujourd'hui, les salariés ont les mêmes attentes vis-à-vis de leur boss. Celui-ci a le droit à une rémunération élevée mais doit être en mesure de développer l'entreprise face à la crise et la concurrence. "C'est le leader qui donne le ton. Quand un leader fait le choix de mettre en premier la sécurité et la vie des gens à l'intérieur de l'organisation, de sacrifier son confort et sacrifier les résultats tangibles, pour que les gens restent et se sentent en sécurité et aient un sentiment d'appartenance, des choses remarquables se produisent", détaille Simon Sinek dans une conférence TED, organisée par The Sapling foundation..

Mais cet équilibre peut être remis en cause si le leader ne tient pas son rôle, privilégie ses intérêts et empochent des millions alors que l'entreprise périclite et licencie à tour de bras. "C'est la raison pour laquelle de nombreuses personnes ont une telle haine viscérale pour certains PDG de banques avec leurs salaires et bonus disproportionnés. Ce ne sont pas les chiffres. Ils ont violé la définition même du leadership. Ils ont violé ce profond contrat social", explique le conférencier.

Simon Sinek poursuit sa démonstration en ajoutant "Quelqu'un s'indignerait-il si nous offrions un bonus de 150 millions de dollars à Gandhi? Et si nous offrions 250 millions de dollars à Mère Teresa? Ça nous pose-t-il problème? Pas du tout." Car ces personnages, connus pour leur empathie et leur abnégation, seraient prêts à tout sacrifier pour sauver d'autres personnes.

C.C.