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Généraliser le télétravail? IBM l'a fait pendant 20 ans… avant de finalement y renoncer

L'application de visioconférence Zoom a grandement gagné en popularité, en ces temps de télétravail forcé.

L'application de visioconférence Zoom a grandement gagné en popularité, en ces temps de télétravail forcé. - YouTube/ Zoom

Pionnier du genre, le géant américain a pourtant décidé, en 2017, de faire revenir ses employés sur site, jugeant que le travail à distance nuisait à la créativité. Une leçon à retenir, alors que PSA vient d'annoncer la généralisation du télétravail pour ses cols blancs?

De quoi l'avenir du travail sera fait ? Difficile à dire, mais certaines entreprises tentent de trouver la solution en bousculant les codes. PSA a frappé fort, mercredi, en annonçant que le télétravail allait désormais devenir la norme pour ses activités hors production. La présence sur site ne sera plus que "d'une journée à une journée et demie par semaine, en moyenne" pour les salariés dans le tertiaire, le commercial et la recherche-développement a expliqué le constructeur dans un communiqué.

Une façon pour PSA de "redonner du temps utile aux collaborateurs", qui seront "moins soumis aux contraintes des transports en commun" et auront plus de liberté pour choisir leur lieu d'habitation.

Si l'annonce de PSA s'annonce comme une petite révolution pour les 80.000 personnes concernées, le groupe français n'est pas le premier à se lancer dans l'aventure du télétravail massif. Aux Etats-Unis, certains sont même devenus des pionniers du genre, à commencer par IBM qui a débuté son programme en 1998, y compris en France.

Des économies sur l'immobilier mais...

Pour IBM, c'était un gain de place, donc des ventes d'immeubles et près de 2 milliards de dollars à la clé. C'était aussi une manière de booster la productivité, de responsabiliser les salariés et d'éviter les réunions interminables.

Autant dire que la décision d'abandonner le télétravail, 20 ans plus tard, a fait l'effet d'une petite bombe. C'est pourtant le choix d'IBM en 2017, prétextant un manque de créativité dans ses équipes (40% des 386.000 salariés étaient alors en télétravail). IBM n'était d'ailleurs pas la seule entreprise dans ce cas: Yahoo ou Best Buy ont aussi sonné la retraite des troupes en open space.

Pour les entreprises de la tech, l'innovation doit l'emporter sur la productivité pour espérer continuer la croissance. Et la créativité nécessite des échanges et plus généralement des relations sociales directes entre les salariés. Le langage corporel serait même primordial pour communiquer et trouver les meilleures idées… souvent devant la machine à café.

Inégalités sociales

La généralisation du télétravail pose aussi des problèmes d'inégalités sociales: ce n'est pas la même chose de travailler dans une pièce dédiée, avec vue sur le jardin, que dans un deux-pièces parisien orienté nord-est. Selon une étude réalisée par Google sur ses salariés, le télétravail entraîne 4 problèmes majeurs : le manque d'enthousiasme, l'isolement, le manque d'intérêt pour les réunions virtuelles et le manque de temps libre pour réfléchir aux nouvelles idées.

Alors une fausse-bonne idée le télétravail? Le mouvement sera difficile à contrer, d'autant que cela représente une économie de place (et donc une économie d'argent) pour les entreprises en temps de crise, et que cela restera une nécessité sanitaire pour les prochains mois. L'expérience IBM met cependant en lumière les limites du travail à domicile, même si le management pourrait aussi être blâmé.

En réalité, le télétravail ne convient probablement pas à tout le monde et ne doit pas être envisagé sans aucune présence sur site. L'apparition de tiers lieux pour travailler à plusieurs peuvent aussi être une manière de retrouver du lien social. Les prochains mois devraient permettre d'affiner les stratégies pour les entreprises.

Thomas Leroy