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Enquête sur le "dopage au quotidien" chez les salariés

Ce sont « des routiers, des VRP, des coursiers… Et pour répondre à la pression exercée par le monde du travail, ils ont eu recours à des produits », explique Michel Hautefeuille, psychiatre spécialiste du "dopage au quotidien"

Ce sont « des routiers, des VRP, des coursiers… Et pour répondre à la pression exercée par le monde du travail, ils ont eu recours à des produits », explique Michel Hautefeuille, psychiatre spécialiste du "dopage au quotidien" - -

Pour affronter le stress et être performants au travail, de plus en plus de salariés ou d'artisans prennent des médicaments ou de la drogue, constatent les médecins. Enquête sur ce "dopage de Monsieur Tout-le-monde".

Ils ne sont ni sportifs de haut-niveau, ni golden-boy. Ce sont « des routiers, des VRP, des coursiers… Et pour répondre à la pression exercée par le monde du travail, ils ont eu recours à des produits ».

« 20 gélules par jour », soit 100 cafés

Comme d’autres médecins spécialisés dans le "dopage au quotidien", Michel Hautefeuille, psychiatre au Centre Marmottan à Paris, accueille de plus en plus de patients dopés à cause du travail : « Au naturel, on ne peut pas être vigilent à fond pendant 18 heures d’affilée, alors qu’il y a des routiers qui conduisent 18 heures d’affilée, tout le monde le sait. Il y a donc nécessité de prendre des trucs. Par exemple, la caféinodosage se développe de plus en plus ; ce sont des gélules, une étant l’équivalent de 5 expressos ; et j’ai des patients qui en prennent 15 à 20 par jour ». Vingt gélules, c’est l’équivalent de 100 cafés dans la journée…

« Je me shootais dans les toilettes, en intraveineuse »

Ces médecins accueillent aussi des enseignants, des postiers, des agriculteurs ou des chauffeurs de taxi, comme Alain, qui pendant trois ans a pris « de la cocaïne. Je pouvais commencer à 11h du matin et que ça se finisse à 2h du matin, explique-t-il. Je pouvais pas trimballer du monde dans l’état où j’étais. Ça a dû m’arriver 2 ou 3 fois : je prenais le client, je le déposais à l’aéroport, j’allais dans le parking, je me shootais dans les toilettes, en intraveineuse, et je repartais dans mon véhicule, sans prendre de client. »

« Les gens autour ne veulent pas voir ; l’entreprise s’en moque »

Que font les entreprises et les patrons ? Pas grand-chose. Et c'est tout le problème : pour l'instant, c'est un tabou, comme l’explique le docteur Hautefeuille : « Les gens qui sont autour ne veulent pas voir. A partir du moment où le salarié fait son travail, que ce soit à jeun, complètement bourré ou en prenant des produits, l’entreprise s’en moque.
C’est encore plus visible dans les open spaces, où tout le monde travaille sous le regard de tout le monde et où la pression est énorme. J’ai quelques histoires de patients qui ont entièrement dévasté leur bureau, le jour où ils ont craqué. »

Ce médecin a trouvé un nom pour décrire ce "nouvel humain" qui rythme sa vie avec des substances : l'homo synthéticus. Pour travailler et avoir la forme, il prend des excitants. Pour être tranquille, des anxiolitiques. Pour dormir le soir, des somnifères. Et le lendemain, à nouveau des excitants pour repartir au travail...

La Rédaction, avec Yann Abback