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Élection de Trump: l'économie américaine doit-elle trembler?

Le projet économique du futur locataire de la Maison Blanche pourrait en théorie plonger les États-Unis en récession. En pratique, il y a des chances pour que le Républicain mette de l'eau dans son vin.

Les Américains ont choisi. Et contre toute attente, Donald Trump a littéralement triomphé ce mercredi 9 novembre, à l'issue de la présidentielle américaine.

Il va donc pouvoir tenter d'appliquer un programme économique qui conjugue des baisses d'impôts massives pour les entreprises et les ménages, d'énormes dépenses d'investissement (1.000 milliards de dollars), et la remise en cause des accords de libre-échange impliquant les États-Unis (il avait même un temps agité le spectre du retrait des États-Unis de l'OMC).

Donald Trump entend via ce cocktail de mesures relancer la machine économique américaine et faire passer la croissance à 4% par an. Ce qui n'a clairement pas convaincu les économistes. "Les cochons ne volent pas et Trump rêve", affirmait ainsi à CNN en septembre Robert Brusca, chef économiste chez FAO Economics.

1.000 milliards de dollars en moins

De fait, les évaluations du programme économique de Donald Trump, toutes réalisées avant l'élection présidentielle, ne sont guère réjouissantes. En septembre, le cabinet Oxford Economics affirmait que les choix du futur 45e président des États-Unis pourraient retirer pas moins de 1.000 milliards de dollars à l'économie américaine (dont le PIB se situe autour de 18.000 milliards de dollars) d'ici à 2021. Oxford Economics considérait en effet qu'entre 2017 et 2021, le PIB américain devrait progresser en moyenne de 2%. Ce scénario "standard" serait troublé par les choix de Donald Trump, qui ferait progressivement sombrer la croissance, la faisant tomber à 0% en 2019. La faute notamment aux politiques migratoires et commerciales de Trump qui auraient pour effet de renchérir le coût du travail mais aussi le coût des matières premières.

En juillet, Moody's avait livré un verdict similaire. À court terme, les baisses d'impôts de Trump devraient donner un coup de pouce à l'économie. Moody's voit ainsi la croissance en 2017 à 3,7% avec Trump contre 3% dans un scénario "standard". "Les baisses d'impôts auront un effet positif sur le court terme, libérant du revenu pour les ménages et dégageant de la trésorerie pour les entreprises", confirme Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC.

À plus long terme, les choses se corsent. Sur la période 2016-2020, l'agence de notation table sur une croissance de 2,3% en moyenne, dans son scénario "standard". L'élection de Trump et l'application stricto sensu de son programme feraient chuter ce chiffre à 0,6%. Avec une récession qui commencerait dès 2018 et atteindrait même jusqu'à -1,5% en 2019. Mais ce n'est pas tout: le chômage gonflerait (6,8% contre 5% en 2020 dans le premier scénario) et le déficit exploserait (10,2% en 2020 contre 4,2%).

Riposte commerciale

En effet, Moody's considère que les baisses d'impôts et les dépenses d'investissements vont, à plus long terme, plomber les finances publiques américaines. Sur la seule année 2020, il y aurait ainsi 1.000 milliards de dollars de déficit en plus! Une effet domino jouerait ensuite: l'explosion du déficit ferait remonter les taux d'intérêts et alourdirait les coûts d'emprunt pour les ménages et les entreprises, accélérant la récession.

Comme Oxford Economics, Moody's considère que la politique migratoire et commerciale de Trump va réduire la quantité de main d'œuvre et augmenter les coûts d'approvisionnement des entreprises. En effet, en haussant les droits de douane sur les marchandises venant de Chine et du Mexique (qui représentent respectivement 500 et 300 milliards de dollars de biens importés aux États-Unis), Donald Trump va alourdir la facture pour les entreprises.

De plus, Moody's expliquait que la Chine et le Mexique riposteraient probablement et hausseraient à leur tour leurs tarifs douaniers. Or ces deux pays représentent environ 25% des exportations américaines…

Une politique plus modérée?

"L'instauration de droits de douane importants sur certains pays les exposeraient probablement à des mesures de rétorsion", abonde Jean-Louis Mourier. "Toute une partie de l'industrie américaine dont l'activité dépend de la demande étrangère serait affectée et le coût de l'électronique grand public américaine, par exemple, serait renchéri, puisqu'elle est produite à l'étranger". Attention au prix de l'iPhone donc...

Voilà pour le scénario catastrophe. Mais dans les faits, il y a de bonnes chances que Trump mette de l'eau dans son vin. "Beaucoup va dépendre de la façon dont il va modérer ses politiques économiques. Et son discours à l'issue des élections, dans lequel il loue Hillary Clinton plutôt que la critiquer, laisse penser qu'il peut devenir un homme d'État à la place du démagogue qui a agité la campagne présidentielle", souligne Paul Ashworth, économiste chez Capital Economics, qui rappelle que ce discours avait permis aux marchés de se ressaisir.

Enfin et non des moindres, Donald Trump n'a pas toutes les marges de manœuvre qu'il souhaite pour faire passer ses mesures. Dans une note publiée ce mercredi 9 novembre, l'économiste de BNP Paribas Alexandra Estiot, spécialiste des États-Unis, explique qu'il risque d'y avoir des points de divergence avec le Congrès républicain. Si cela ne devrait pas être le cas pour les baisses d'impôts, Alexandra Estiot juge en revanche que Donald Trump n'a que peu de chances de faire passer la hausse du salaire minimum et les dépenses d'investissements de 1.000 milliards de dollars. Elle doute également que la renégociation ou la dénonciation des accords de libre-échange soit validée par le Congrès.