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Voiture connectée: le chaotique pilotage de l'Etat

La Cour des comptes vient d’adresser un référé à Manuel Valls pour l’inciter à prendre les mesures nécessaires afin de coordonner les actions dans le transport intelligent. Le premier conseil de l’organisme est de nommer un "chef de file" chargé de coordonner les actions de l’État.

La Cour des comptes vient d’adresser un référé à Manuel Valls pour l’inciter à prendre les mesures nécessaires afin de coordonner les actions dans le transport intelligent. Le premier conseil de l’organisme est de nommer un "chef de file" chargé de coordonner les actions de l’État. - Thomas Samson - AFP

"S'étonnant des décisions ministérielles "souvent contradictoires", la Cour des comptes a adressé un référé au Premier ministre l'invitant à nommer un chef de file afin de coordonner la stratégie nationale sur le transport intelligent. Pas de quoi ébranler Manuel Valls."

La France numérique est en marche, mais peut-être en ce qui concerne le transport intelligent, elle avance en ordre dispersé. C’est le constat de la Cour des comptes qui vient de rendre public un "référé" adressé à Manuel Valls l'enjoignant à mieux coordonner l'action de l'Etat en la matière. Et pour être plus efficace, il conviendrait en premier lieu de nommer un "chef de file".

Dans son courrier au Premier ministre, Didier Migaud, le président de la Cour des comptes, explique cette demande. "L’État est devenu […] un opérateur très minoritaire de la route, face à quatre cents autorités organisatrices de transport sur le territoire, dont chacune développe son propre projet, sans compter les initiatives des acteurs privés." Il pointe également les politiques "souvent contradictoires ou mal coordonnées" menées par "plusieurs ministères".

Dans ses trois autres recommandations, la Cour des comptes propose un renforcement de la stratégie de l'Etat permettant de favoriser l'égalité d'accès des citoyens aux transports et de consolider la politique d'ouverture des données, d’autoriser les essais à grande échelle sur la voie publique des véhicules autonomes et d’inclure les véhicules autonomes dans la stratégie de développement du fret.

Manuel Valls a fait une réponse circonstanciée à Didier Migaud sur l’égalité d’accès, l’ouverture des données, les essais de véhicule autonome. D’autant que si le référé a été rendu public ce lundi 9 mai, l’enquête qui y a conduit a été réalisée en 2015.

Sur les tests de voitures autonomes, il rappelle que des autorisations ont été délivrées et que les tests grandeur nature démarreront cet été. Idem sur la politique d’ouverture des données qui a été lancée à la suite de la publication en mars 2015 du rapport "Joutand".

Carlos Ghosn, chef de projet pour la voiture autonome

Mais rien en revanche sur la nomination d’un "chef de file" pour encadrer la stratégie nationale, publique ou privée, sur le transport intelligent. Et pour cause.

En 2014, dans les 34 plans de la Nouvelle France Industrielle, un chef de projet a bel et bien été nommé dans la voiture autonome. Il s’agissait de Carlos Ghosn, le PDG de Renault et de Nissan.

Puis, la Nouvelle France industrielle a cédé la place à l'Industrie du Futur et ses neuf solutions industrielles dans lesquelles la voiture autonome a été remplacée par la mobilité écologique. Et si Carlos Ghosn est resté chef de projet, il partage cette fonction avec les chefs de la R&D de PSA et de Renault, ainsi qu'un préfet hors cadre et la directrice générale du CEA Liten. Il n’y aurait donc pas un chef de file, mais cinq chefs de projets.

Par ailleurs, le Livre vert publié en octobre dernier suggère la mise en place d'un dispositif "de gouvernance léger et adaptable, propre à mobiliser les acteurs français autour d'une vision stratégique partagée." Pour Manuel Valls, ce rôle de pilotage revient au ministère dont Ségolène Royal a la charge, en liaison avec les départements ministériels les plus concernés (en particulier, les ministères en charge de l'industrie, de la sécurité routière et de la recherche). "Son efficience sera régulièrement évaluée", assure Manuel Valls, dans sa réponse à la Cour des compte. Faut-il s'en étonner? Le Premier ministre n'évoque à aucun moment le ministre de l'Économie, de l'industrie et du Numérique.

Pascal Samama