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L'Union européenne combat mieux les inégalités que le reste du monde

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- - TOBIAS SCHWARZ / AFP

Les inégalités entre très riches et très pauvres ont augmenté en Europe ces dernières années, comme partout. Mais les mécanismes nationaux et communautaires de redistribution des richesses rendent le fossé moins énorme que dans le reste du monde.

En Europe aussi, les riches deviennent de plus en plus riches, et les pauvres de plus en plus pauvres. En particulier dans l'ancien bloc de l'Est. Mais le fossé entre eux reste moins gigantesque que dans d'autres régions du monde, notamment grâce aux mécanismes de solidarité mis en place dans l’Union.

Actuellement, le pays le plus inégalitaire de l’UE serait la Bulgarie, selon Eurostat. Pour mesurer cela, l'office européen des statistiques se base le coefficient de Gini, un indice compris entre 0 et 100 qui évalue les inégalités de revenus. Plus il est élevé, plus il y a d'inégalités. Or en Bulgarie, il culmine à 40 en 2017, bien au-dessus de la moyenne européenne (31).

La France parmi les bons élèves

Figurent également sur le banc des mauvais élèves les pays baltes -Lituanie, Lettonie, Estonie-, et les quatre principaux pays du Sud -Espagne, Portugal, Grèce, Italie-. Enfin, la Roumanie et le Royaume-Uni complètent le Top 10.

Côté bons élèves, l’Allemagne, la France et la Pologne sont légèrement moins inégalitaires que la moyenne. Mais c’est en Slovaquie qu’on trouve le plus faible écart entre revenus les plus élevés et les plus faibles, avec un indice de 23. Viennent ensuite la Slovénie et la République tchèque, suivis par les pays nordiques (Suède, Danemark, Finlande), la Belgique, les Pays-Bas et l'Autriche.

Depuis une quarantaine d'années, partout dans l’Union, l’écart se creuse à vitesse grand V. Entre 1980 et 2017, en Europe, le revenu moyen des 1% les plus riches a crû "deux fois plus vite" que celui des 50% les plus pauvres, selon une étude du Laboratoire sur les inégalités mondiales (WIL) publiée en avril. Une "montée des inégalités" qui s'observe dans la "quasi-totalité des pays européens".

Concurrence fiscale accrue entre Etats européens

Reste que les États et l’Union parviennent à réduire ces inégalités avec leur politique économique. Ainsi en Europe de l'Ouest, les 10% les plus riches gagnent, en moyenne, sept fois plus que les 50% les plus pauvres avant impôts. Mais une fois les impôts prélevés, ils ne gagnent "que" cinq fois plus, soit une baisse de 29%. La correction est moindre ailleurs: de 23% en Europe du Sud et du Nord, et de seulement 15% à l'Est.

En effet, à l'ouest, les taux d'imposition sont souvent progressifs, plus élevés pour les hauts revenus, alors que de nombreux pays de l'Est, comme les pays baltes, la Bulgarie et la Roumanie, ont mis en place des impôts à taux unique. Au-delà, la "concurrence fiscale accrue entre Etats européens" a "miné la progressivité de l'impôt", selon le WIL.

Outre l’impôt, l’Union européenne aide ses plus précaires à se maintenir à flot. Alors que 113 millions d'habitants de l'Union européenne étaient exposés en 2017 au risque de pauvreté, soit 22% de la population, selon les chiffres d'Eurostat, l’UE mise sur le FEAD, le Fonds européen d'aide aux plus démunis. Doté de 500 millions d'euros, il finance la distribution de repas et d'aides matérielles à plus de 12 millions de personnes depuis sa création en 2014.

La France 3e bénéficiaire du fonds pour les démunis

En France, troisième bénéficiaire du fonds derrière l'Italie et l'Espagne, et devant la Pologne, la Roumanie et la Grèce, le fonds finance un quart des repas distribués par les Restos du Coeur. Il soutient également les Banques alimentaires, le Secours populaire et la Croix-Rouge.

En partie grâce à ces aides, l'Europe est, malgré tout, l'un des continents qui a "le mieux résisté à la montée des inégalités de revenu", selon WIL. Elles ont, par exemple, "beaucoup moins augmenté qu'aux États-Unis", "notamment grâce à des systèmes éducatifs et de santé plus égalitaires".

Depuis 1980, les revenus des 50% de personnes les plus modestes ont augmenté de 37% en Europe, alors qu'ils ont stagné aux Etats-Unis. A l'autre bout de l'échelle, les revenus des 0,01% les plus aisés ont augmenté de plus de 300% aux Etats-Unis, soit deux fois plus qu'en Europe. Et globalement, la plupart des pays non-européens de l'OCDE ont un coefficient de Gini supérieur à celui du vieux continent: 33 en Australie, 34 au Japon, 40 en Turquie, 46 au Mexique et jusqu'à 62 en Afrique du Sud. Seul le Canada (31) fait jeu égal avec les pays européens.

Nina Godart - AFP