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Un remaniement sans changement de cap

L'Élysée a reconnu une "erreur".

L'Élysée a reconnu une "erreur". - Philippe LOPEZ / AFP

Christophe Castaner, fidèle de la première heure, devient ministre de l’Intérieur. Jacqueline Gourault, prend les rênes d’un grand ministère de la cohésion des Territoires et des relations avec les collectivités. Mais surtout, il n'y a aucun changement pour ceux qui portent les grands chantiers économiques et sociaux.

Le socle ne bouge pas. Économie, santé, travail, emploi, éducation : Les ministres en charge des réformes économiques et sociales restent à leur place. L'Élysée montre ainsi qu'il garde le cap sur lequel Emmanuel Macron s'est fait élire, celui de la transformation du pays. Réforme de la formation professionnelle, réforme des retraites, dédoublements de classes dans les quartiers sensibles, fiscalité qui encourage le travail, l'investissement et l'innovation : tous ces chantiers restent prioritaires. Le chef de l'État veut bien revoir certains aspects de sa gouvernance ou de sa communication, en revanche, pas question de revenir sur le calendrier et le contenu de ses réformes économiques et sociales... « Notre objectif est de faire en sorte que nous puissions tenir les engagements du chef de l’État », a rappelé Edouard Philippe, mardi après-midi, à l’Assemblée nationale… Dans l'entourage d'Emmanuel Macron on joue d'ailleurs la continuité. "Le mandat politique ne change pas", dit-on à l'Elysée. Le remaniement tant attendu a d'ailleurs été annoncé par un simple communiqué, comme si l'Élysée cherchait à ne pas faire un événement de ce remaniement, qui est surtout politique.

Un signal fort envoyé aux collectivités

Le nouveau grand ministère dédié à la cohésion du territoire et aux collectivités est un signal fort envoyé aux élus locaux. À sa tête, Jacqueline Gourault va tenter de faire retomber la pression chez les élus qui sont à cran. Les maires ne digèrent toujours pas la suppression progressive de la taxe d’habitation, qui représente 30% de leurs ressources. Et même si l’État leur garantit une compensation à l’euro près, ils perdent la main sur un impôt local auquel ils sont très attachés. La tension est montée d’un cran ces derniers jours quand le gouvernement a publié la liste des communes qui ont décidé d’augmenter le taux de la taxe d’habitation… Les départements, aussi, sont en colère : ils doivent supporter un coût de plus en plus important des aides sociales et ils s’apprêtent à perdre les recettes de la taxe sur le foncier bâti… Enfin, Emmanuel Macron a lancé un contrat entre l’État et les 322 collectivités locales les plus riches, afin qu’elles s’engagent à limiter leurs dépenses, mais beaucoup d’élus concernés dénoncent un cadre trop contraignant.

Les sujets de contestation ne manquent pas : les régions perdent la main sur la formation professionnelle, les emplois aidés baissent, la vitesse sur les routes secondaires est limitée à 80 km/h… Pour les collectivités, la coupe est pleine et ils l’ont fait savoir le 26 septembre dernier avec « l’appel de Marseille », pour plus de décentralisation, qui a été lancé par les principales associations d’élus locaux.

Vers un dialogue plus apaisé entre l'État et les collectivités ?

Jacqueline Gourault a donc du pain sur la planche, mais elle a une bonne réputation auprès des collectivités : « Sa nomination est un très bon signal », nous dit un élu, qui est actuellement en plein bras de fer avec l’exécutif. Le premier test, à court terme, ce sera le 20 novembre, avec le traditionnel Congrès des Maires. L’année dernière, Emmanuel Macron s’y était rendu et avait promis de revenir chaque année. L'autre échéance très importante, ce sera dans 4 mois, quand le gouvernement présentera un projet de loi sur les finances locales. Il s’agira de définir la nouvelle tuyauterie fiscale après la suppression de la taxe d’habitation. Avec le nouveau ministère, les élus espèrent être plus associés à ces réformes à venir.