BFM Business

Thomas Piketty réclame une "assemblée de la zone euro"

Thomas Piketty veut remplacer l'eurogroupe (le conseil des ministres des Finances de la zone euro) par des députés élus.

Thomas Piketty veut remplacer l'eurogroupe (le conseil des ministres des Finances de la zone euro) par des députés élus. - Justin Sullivan - Getty Images - AFP

Soutien du candidat socialiste Benoît Hamon, l'économiste Thomas Piketty plaide pour la mise en place d'une nouvelle assemblée démocratique en Europe. Objectif: remplacer l'instance regroupant les ministres des finances de la zone euro.

L'économiste français Thomas Piketty, engagé au côté du candidat socialiste à l'élection présidentielle Benoît Hamon, a plaidé dimanche pour la création d'une assemblée de la zone euro, un "mécanisme de prise de décision démocratique".

Critiquant l'inertie du Conseil des ministres des Finances de la zone euro dans la prise de décisions, notamment sur la dette grecque ou sur un impôt commun visant les multinationales, Thomas Piketty a proposé sur France Inter de "remplacer" cette instance par une "assemblée de la zone euro".

30 députés allemands, 25 français

Cette chambre parlementaire comprendrait "100 à 150 membres", représentant chaque pays "en proportion de la population et des groupes politiques", a détaillé le chercheur, chargé des questions européennes dans l'équipe de campagne de Benoît Hamon. Elle intégrerait ainsi "30 députés allemands, 25 français", a-t-il ajouté.

Ce changement de mécanisme de prise de décision, non plus à huis clos mais avec délibération parlementaire, "suppose un nouveau traité", dont la base du projet ne nécessiterait pas l'unanimité des pays de la zone euro mais l'accord des quatre pays représentent 77% de la population européenne, soit l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne.

L'Allemagne ne pourra pas dire non

"Si la France met sur la table une telle proposition, l'Allemagne sera obligée de faire un compromis" et ne pourra "pas dire non à toute forme d'union politique parlementaire" au sein de la zone euro, a assuré Thomas Piketty.

"L'Europe a très très mal géré la crise financière de 2008" car "on n'arrive pas à prendre des décisions collectivement", notamment sur la réduction de la dette grecque depuis cinq ans, a observé l'économiste, très critique à l'égard de François Hollande et qui a refusé en 2015 sa nomination pour la Légion d'honneur au rang de chevalier.

L'Europe s'est construite sur des annulations de dette

Selon lui, ce nouveau mécanisme permettrait d'avancer sur le problème de la dette et d'aller "au bout de la monnaie unique", en mettant par exemple la dette supplémentaire accumulée depuis la crise financière "dans un fonds commun" européen et en "mutualisant le taux d'intérêt".

"L'Europe s'est construite dans les années 1950 sur des annulations de dettes autrement plus massives que la dette grecque", notamment la dette extérieure allemande, a rappelé l'expert, relevant une "amnésie historique" de la part de certains dirigeants européens.

N.G. avec AFP