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Temps de travail, niveau de vie... comment a évolué la société française depuis 40 ans

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Dans son portrait social de la France, l'Insee retrace quarante ans d’évolution de la société française au travail entre temps de travail réduit, la flexibilité accrue et la hausse du niveau de vie.

Comment la société française au travail a évolué ces dernières décennies? C'est la question à laquelle l'Insee a tenté de répondre en dévoilant son Portrait social de la France 2019 à travers de nombreuses thématiques.

Première d'entre elle: le niveau de vie. L'Insee note ainsi qu'il a fortement progressé depuis 1975 en France. Entre 1975 et 2016, en France métropolitaine, le niveau de vie médian après redistribution a augmenté de 56%.

"Quel que soit l’indicateur retenu, les inégalités de niveau de vie ont fortement diminué de 1975 jusqu’au début des années 2000. Elles ont augmenté ensuite, même si l’augmentation ponctuelle liée à la crise de 2008 a été largement compensée à partir de 2013. Au final, les inégalités se retrouvent au niveau de 1990, très en deçà du début de période, mais un peu plus élevées que les minima atteints au début des années 2000", note l'Insee.

Concernant les prestations sociales, elles ont diminué d'un quart sur la période mais se sont concentrées sur les 10% de ménages les plus modestes. En 1975, ces ménages percevaient 25% des prestations, ils en recevaient 46% en 2016.

L'ascension sociale des femmes

L'Insee a aussi analysé sur la période l'évolution de la femme dans la société. Et l'institut statistique relève une nette évolution en la matière. 71% des femmes âgées de 35 à 59 ans ont un activité professionnelle différente de leur mère, soit douze points de plus qu'en 1977. Et 70% ont une activité différente de celle de leur père (+6 points).

"Par rapport à leur mère, les femmes sont beaucoup plus nombreuses à connaître une ascension sociale plutôt qu’un déclassement. En effet, elles sont bien plus souvent en mobilité ascendante par rapport à leur mère sur la période, et ce quelle que soit leur origine sociale", indique l'Insee.

Chez les hommes, la mobilité sociale est restée globalement stable sur la période. Et pour eux aussi, les mouvements ascendants sont plus fréquents que les descendants selon l'Insee. Pour autant, les inégalités sociales d’accès aux professions de cadres sont encore très élevées. La transmission des inégalités sociales s’est nettement réduite jusqu’en 1993, mais, depuis, elle a tendance à stagner.

Moins de travail mais plus de flexibilité

Plus de Français au travail donc et un temps de travail beaucoup moins long. Depuis 1975, la durée annuelle effective du travail a baissé de 17% (350 heures de moins). Elle atteint ainsi 1 609 heures en moyenne en 2018. Cela s'explique par une progression du salariat (l'emploi non-salarié a reculé d'un tiers sur la période), or les salariés ont une durée de travail plus courte que les non-salariés, précise l'Insee. 

La baisse de la durée de travail s'explique aussi par un développement du temps partiel ainsi que par la baisse de la durée légale du travail (passage aux 39 heures et cinquième semaine de congés payés, puis durée légale hebdomadaire passée à 35 heures). 

Si les Français travaillent moins longtemps, les horaires se sont eux flexibilisés sur la période. Le travail de nuit et plus encore le travail du dimanche se développent. Plus d’un quart des salariés (28%) déclarent avoir travaillé le dimanche en 2016, contre 12% en 1974.

le niveau de vie en hausse de 0,8% en 2018

L'Insee s'est penché sur l'impact des mesures socio-fiscales mises en oeuvre en 2018. Résultat: le niveau de vie moyen de la population de 0,8 % sur l’année 2018 par rapport à une situation où elles n’auraient pas été mises en oeuvre (et de 1,1% sur une année pleine). Sur 2018, ce sont principalement les baisses de prélèvements sociaux et fiscaux (10,88 milliards d'euros) ainsi que les hausses des prestations versées (+540 millions d'euros) qui expliquent la hausse du niveau de vie. Et ce sont les plus aisés qui en ont le plus profité: +790 euros par an pour les 10% de Français les plus aisés contre +130 à 230 euros pour le reste de la population. Les réformes bénéficiant aux personnes les plus aisées sont notamment celles concernant les détenteurs de capital: remplacement de l’impôt de solidarité sur la fortune par l’impôt sur la fortune immobilière et mise en place du prélèvement forfaitaire unique. Les 10% des Français les plus pauvres en ont aussi bénéficié grâce à la revalorisation de plusieurs prestations ou minima sociaux. En pourcentage du niveau de vie, ces gains sont égaux à ceux des 10% les plus aisés, relève l'Insee, soit une hausse de 1,4%. Grandes perdantes des réformes de 2018, les classes moyennes sont en revanche celles qui en ont le plus profité en 2019.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco