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Sommet européen: et maintenant une révision des traités ?

Les 27 Etats-membres se sont finalement mis d'accord sur un plan de relance commun. Invitée sur le plateau de 12H, l'Heure H, l'ancienne ministre Nathalie Loiseau estime qu'il est temps de revoir le fonctionnement des institutions européennes et les décisions prises à l'unanimité qui ralentissent l'Europe.

Verre à moitié vide ou verre à moitié à plein… Ce mardi, chacun pouvait juger du résultat présenté par les dirigeants européens, après trois jours d'un sommet tendu. La relance commune passera donc bien par des subventions, mais à une hauteur bien inférieure à celle prévue par la proposition franco-allemande.

Il n'empêche, pour la première fois de son histoire, l'UE va mutualiser une partie de ses dettes, signe d'un nouveau pas vers un fédéralisme encore modeste. Sur le plateau de 12H, l'Heure H, l'ancienne ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau s'est félicitée de cette décision commune mais n'élude pas les difficultés.

"Le problème que l'on rencontre aujourd'hui, sur des sujets comme les sujets budgétaires, c'est qu'il faut l'unanimité" pour les adopter, rappelle-t-elle. "Donc c'est le moins convaincu, le moins allant qui fixe le tempo. Evidemment, dans ces conditions-là, il faut une crise pour que ça bouge. C'est la raison pour laquelle je suis favorable à ce qu'on revoit les traités" pour fonctionner "à la règle de la majorité".

Une conférence pour l'avenir

"Je ne suis pas fédéraliste, je suis pragmatique" assure-t-elle. "Je veux une réponse aux questions qui se posent. Aujourd'hui, il y a une crise sans précédent, il faut une réponse sans précédent."

C'est d'ailleurs dans cette optique qu'a été lancée, au début de l'année, la conférence sur l'avenir de l'Europe. L'idée étant que l'on "consulte les citoyens européens" souligne la députée européenne. C'est l'idée d'une grande conférence citoyenne sur l'avenir de l'Europe. Selon elle, les règles autour des décisions européennes doivent passer par cette consultation populaire pour éviter des décisions abruptes. "On reste dans l'entre soi des élites? Et puis on arrive un jour avec un référendum ? On a déjà essayé, on l'a fait en 2005, ça a capoté. Je pense qu'il faut demander aux Européens ce qu'ils veulent, comment ils le veulent" explique Nathalie Loiseau. "La réforme des Traités, ce n'est ni un totem, ni un tabou" prévient-elle, soulignant que l'Europe devait se "donner les moyens de devenir plus efficace."

Le précédent De Gaulle 

En théorie, la conférence sur l'avenir de l'Europe était censée durer deux ans mais la crise du coronavirus devrait retarder encore les décisions. Puis, il faudra ensuite convaincre tous les Etats réfractaires à plus de fédéralisme. "La dernière fois qu'un grand pays a bloqué le passage de l'unanimité à la majorité qualifiée, c'était la France du général de Gaulle" rappelle ainsi sur BFM Business le professeur de droit européen Jean-Luc Sauron. Une question d'époque, donc…

Thomas Leroy