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Prime défiscalisée: les entreprises qui vont la verser et celles qui y songent

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Les opérateurs télécom ont été les premiers à annoncer leur intention de verser la prime défiscalisée annoncée par Emmanuel Macron. Mais d'autres grandes entreprises se disent intéressées ou ont annoncé qu'elles allaient verser des primes à certains de leurs salariés.

Votre entreprise va-t-elle vous verser une prime de fin d'année défiscalisée? Cette mesure annoncée par Emmanuel Macron lors de son allocution du 10 décembre est approuvée par les Français. S'il ne s'agit pas de l'annonce qu'ils jugent la plus efficace pour le pouvoir d'achat, ils sont tout de même 56% à la juger positive. 

Néanmoins, quelles entreprises vont réellement verser cette prime exceptionnelle qui, il faut le rappeler reste facultative? 

Pour l'heure quelques grands groupes ont fait savoir qu'ils comptaient en faire bénéficier leurs salariés d'ici la fin de l'année. Principalement dans le secteur des télécoms. C'est Stéphane Richard, le patron d'Orange qui le premier à communiqué sur Twitter. Avant même la fin de l'intervention d'Emmanuel Macron ce lundi. 

Orange, dont l'État détient environ 23% du capital, a précisé ce mardi soir, qu'il versera une prime de 1000 euros à tous ses salariés en France dont le salaire annuel brut est inférieur à 25.000 euros, et de 500 euros à ceux gagnant "entre 25.000 et 30.000 euros". "Quelque 20.000 salariés, sur les 92.000 employés dans l'Hexagone, vont en bénéficier, a-t-il précisé.

Le groupe Iliad (Free) de Xavier Niel a annoncé, de son côté, une prime exceptionnelle de 1000 euros qui concernera les trois-quarts des salariés du groupe, soit 6000 personnes au total. Même chose chez Altice (propriétaire de BFMTV) qui a annoncé dans la journée le versement d'une prime de 1000 euros à ses salariés sans en préciser les modalités d'attribution.

Deux autres grands groupes ont assuré qu'ils verseraient une prime à leur salariés. il s'agit du géant de la publicité Publicité et du numéro 1 mondial du luxe, LVMH. Chez Publicis, la prime atteindra également 1000 euros et concernera les salariés en CDD ou en CDI qui touchent moins de 2500 euros brut par mois, soit 31% des effectifs. Kering s'est également engagé à verser une prime exceptionnelle sans donner plus de précisions. 

Airbus et Vente-privée intéressés mais attentistes

De son côté, le leader mondial du luxe LVMH a indiqué mardi que "la prime de fin d'année nette d'impôts et de charges, proposée hier par le président de la République, est une excellente mesure, de nature à soutenir sans délai le pouvoir d'achat", et qu'il "appliquera cette mesure dès que la loi le permettra". "Les modalités d'attribution de cette prime exceptionnelle seront précisées dans les jours qui viennent", indique le groupe de Bernard Arnault, qui emploie quelque 29.000 personnes en France.

D'autres entreprises ont fait savoir à leur tour qu'elles comptaient verser la prime "Macron". Le groupe La Poste va verser 300 euros pour les postiers ayant une rémunération brute annuelle inférieure à 1,5 fois le Smic et 200 euros pour ceux qui touchent entre 1,5 et 3 fois le SMIC. Au total ce sont 200 000 salariés qui sont concernés. 

Pour le privé, c'est la société Coyotte spécialisée dans les avertisseurs radars (360 salariés en France) qui va verser une prime à ses salariés gagnant moins de 35.000 euros brut annuel (2916 euros brut par mois) mais sans en préciser le montant. "Nous avons souhaité apporter notre contribution à l'appel de solidarité du gouvernement", a déclaré Benoît Lambert, le directeur général de Coyote Group dans un communiqué. Enfin, le groupe de complémentaire santé Klésia (3500 salariés en France) vient aussi de communiquer sur la prime pouvoir d'achat. La société versera une prime dégressive à ses salariés qui gagnent moins de 35.000 euros brut par an, soit un tiers de ses effectifs. Elle se répartira comme suit:

-900 euros pour un salaire annuel brut inférieur à 25 000 euros ;

-600 euros pour un salaire annuel brut compris entre 25 000 et inférieur à 30 000 euros ;

-300 euros pour un salaire annuel brut compris entre 30 000 et 35 000 euros.

Autre grand groupe qui va participer au mouvement: Dassault Aviation. La société va attribuer une prime de 750 euros net à tous les salariés dont le revenu annuel pour 2018 est inférieur à trois fois le SMIC annuel en vigueur. Cette mesure, décidée après concertation avec les organisations syndicales, concerne plus de la moitié de l’effectif Dassault Aviation en France qui est de 8 200 salariés.

Dans les jours qui viennent, d'autres annonces pourraient intervenir. Plusieurs entreprises contactées par BFM Eco ont assuré attendre la publication de la mesure au Journal Officiel. C'est le cas d'Airbus. "Dès que nous aurons reçu plus d’informations, nous sommes ouverts à étudier les différentes options, en tenant compte de ce qui est déjà en place dans l’entreprise" assure un porte-parole du groupe. Chez Air France, la tonalité est assez proche: "Il trop tôt pour se prononcer à ce stade, sans davantage de précisions sur le dispositif" explique un porte-parole avant de rappeler d'une part que "la quasi-totalité des salariés d’Air France bénéficient d’une prime de fin d’année qui prend la forme d’un 13ème mois de salaire" et d'autre part que "l’accord salarial signé en octobre 2018 a permis d’aboutir à des mesures de revalorisation salariale conséquentes bénéficiant à l’ensemble des catégories de personnels". 

Le site de e-commerce Vente-privée.com, qui emploie 6000 personnes dans le monde fait également dans l'attentisme. La société qui avait essuyé un conflit social au printemps dernier pour des questions de pouvoir d'achat assure verser "des primes chaque année à ses collaborateurs depuis sa créations mais quand le dispositif sera publié au Journal officiel, elle s'adaptera."

Depuis que le gouvernement a donné plus de détails sur cette prime, d'autres entreprises ont indiqué qu'elles la verseront à leurs salariés. Le groupe de chemins de fer SNCF a annoncé lundi 17 décembre le versement "dès le bulletin de paie de décembre" d'une prime exceptionnelle devant bénéficier à près de 100.000 salariés. Elle sera de "400 euros pour tous les salariés qui touchent jusqu'à 1,5 fois le Smic", a énoncé le PDG Guillaume Pépy avant de préciser que les salariés touchant entre 1,5 et 2 Smic recevraient pour leur part 200 euros.

Michelin versera une prime exceptionnelle de 250 à 750 euros à ses salariés français gagnant moins de 34.000 euros annuels. Cela concernera "50% des salariés du groupe en France, dont la quasi-totalité des opérateurs", a précisé le groupe. 

Le groupe Essilor, versera une "prime exceptionnelle de fin d'année" à tous les salariés d'Essilor en France dont le salaire brut mensuel est inférieur à 3.500 euros par mois. Elle devrait être de 800 euros pour les salariés touchant moins de 2000 euros de salaire mensuel brut, et de 600 euros pour ceux touchant entre 2000 et 3500 euros de salaire mensuel brut.

La RATP a annoncé qu'elle verserait en janvier une prime exceptionnelle de 200 ou 400 euros à "plus de 30.500 salariés" percevant un salaire annuel brut inférieur à deux Smic. Cette prime sera de 400 euros pour les salariés percevant un salaire annuel inférieur à 1,5 Smic et de 200 euros pour les salariés percevant un salaire annuel compris entre 1,5 et 2 Smic.

Le géant de l'énergie Engie a décidé l'attribution d'une prime de 600 euros, versée en janvier 2019. Elle concerne les salariés "dont le salaire mensuel brut de base est inférieur à 2 500 euros". 

Le commerce souffre et les PME n'auront peut-être pas les moyens

D'autres grandes entreprises, dans le commerce notamment, n'ont en revanche pas donné suite à nos sollicitations. Le secteur est particulièrement touché par le mouvement des gilets avec des pertes de chiffre d'affaires estimées jusqu'à présent à 1 milliard d'euros par la FCD.

Si les grandes entreprises ont pour la plupart les moyens de verser des telles primes, qu'en sera-t-il des PME? Ce sont en effet les salariés des petites structures qui sont le plus touchés par les difficultés de pouvoir d'achat. Or, le petites entreprises n'auront peut-être pas les moyens de verser des primes. "Malheureusement beaucoup d'entreprises ne seront pas en mesure de verser une prime, quand bien même elle serait nette de taxes ou nette d'impôts", expliquait François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) sur France 2.

Surtout revient souvent la question du délai très court. Les entreprises n'ont que quelques jours pour étudier la faisabilité et les modalités du versement d'une telle prime. "Il va être compliqué dans ce délai de débloquer une prime dans les jours qui viennent", assure ainsi au Figaro, Bernard Stalter, le président des chambres de métiers et de l'artisanat, qui est lui-même artisan-coiffeur. 

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco