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Convergence des luttes: la CGT a perdu son pari

Des gilets jaunes et manifestants CGT ont manifesté à Toulouse le 17 janvier

Des gilets jaunes et manifestants CGT ont manifesté à Toulouse le 17 janvier - Eric CABANIS / AFP

L'appel par la CGT à une grève nationale ce mardi n'a guère porté ses fruits. Les gilets jaunes ainsi que plusieurs partis politiques et organisations syndicales se sont certes rassemblés dans plusieurs villes de France, mais la foule des grands jours de mobilisation n'était pas au rendez-vous et les perturbations occasionnées minimes dans les services publics.

Une journée à valeur de test. La CGT jouait gros ce mardi, après son appel à la "grève nationale de 24 heures" en réponse au grand débat organisé par le gouvernement et pour protester contre l’"injustice sociale" et la mauvaise "répartition des richesses créées par le travail".

Rejoint par plusieurs formations politiques (France insoumise, NPA, PCF), et organisations syndicales (FO, Solidaires), le syndicat de Philippe Martinez espérait se refaire une santé alors que son nombre d’adhérents est en baisse depuis plusieurs années. Il en allait par ailleurs de la crédibilité du leader cégétiste, candidat à sa propre succession à la tête du syndicat en mai prochain. 

Une mobilisation en demi-teinte

Renforcée par la présence des gilets jaunes dans les différents cortèges, la CGT comptait sur cette journée de mobilisation pour renouer avec l'espoir d'une convergence des luttes et ce, après l’échec du printemps dernier. Invité à s'exprimer sur cette journée, Philippe Martinez s'est montré positif: "Aujourd'hui, c'est un succès qui en appelle d'autres". 

Sur le plan comptable, la CGT ne semble pourtant pas avoir réussi le tour de force qu'elle espérait ce mardi. Dans la capitale, 14.000 personnes seulement ont défilé entre l'Hôtel de Ville et la place de la Concorde, selon le cabinet Occurence, mandaté par un collectif de médias dont BFMTV. Du côté des organisateurs, 30.000 manifestants ont été dénombrés. Moins que les estimations de la police qui évoque le chiffre de 18.000 participants. 

En région, quelque 8000 personnes ont manifesté à Rouen selon les organisateurs (3200 selon la police), 5000 à Caen selon FO (2300 selon la préfecture), 5200 à Marseille selon la police et 4300 à Lyon (préfecture). À Lille, au moins 2300 personnes -selon la préfecture- ont manifesté à l'appel de plusieurs syndicats dont la CGT, FO, la FSU ou SUD Solidaires, rejoints par des "gilets jaunes".

En outre, l'appel à la grève n'a pas entraîné de perturbations d'ampleur malgré les préavis de grève déposés dans la fonction publique, à la RATP, à la SNCF ou Radio France. Dans les transports, le mouvement n'a été que peu suivi. Même chose du côté des services public. Si des crèches et écoles ont dû fermer leurs portes, la plupart des établissements scolaires ont accueillis les élèves. Selon le ministère de l'Éducation nationale, environ 5% des enseignants étaient ainsi en grève mardi. À Paris, la Tour Eiffel a néanmoins fermé en fin d'après-midi. 

Des actions rouges et jaunes

Seul point positif, les gilets jaunes et syndicats mobilisés ont su se rassembler pour mener plusieurs actions localement. Sur la page Facebook "la france en colère !!!", Eric Drouet, figure des gilets jaunes, avait notamment relayé l'appel à la grève ce 5 février, sans toutefois citer la CGT. Qu'importe, le message semble être passé.

Dans la nuit de lundi à mardi, quelque 200 à 300 gilets jaunes et manifestants CGT ont bloqué dans le calme l'une des quatre entrées du marché de Rungis. Gilets jaunes et syndicats étaient également rassemblés sur des ronds-points partout dans le pays. Et malgré une mobilisation en demi-teinte, les 160 cortèges à travers la France étaient colorés de jaune et de rouge. 

"Il faut qu'on apprenne à se connaître" 

Satisfait d'avoir vu "beaucoup de gilets jaunes" dans les manifestations, Philippe Martinez a assuré que la CGT et les gilets jaunes avaient des "revendications communes, elles sont sociales". "À part la couleur des gilets, je ne vois pas beaucoup de différences", a-t-il ajouté. 

Les chiffres de mobilisation témoignent tout de même de la méfiance persistante d'une partie des gilets jaunes à l'égard des organisations syndicales. Beaucoup redoutent une volonté de récupérer le mouvement. 

"Il faut qu'on apprenne à se connaître. Parce que ceux qu'on appelle les gilets jaunes, ce sont des citoyens, des travailleurs, des retraités qui ne croisent jamais de syndicat. Donc forcément, il y a une appréhension", a reconnu Philippe Martinez. 

En novembre pourtant, il avait refusé tout lien avec le mouvement des "gilets jaunes" à cause de son discours anti-fiscal et craignant des risques de récupération par l'extrême droite. Il a révisé son discours lorsque les revendications des "gilets jaunes" se sont élargies à la hausse du Smic, la "justice fiscale" ou davantage de services publics.

Paul Louis avec AFP