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Ces départements qui ont le plus souffert du confinement au printemps 2020

Un restaurant fermé pour cause de confinement, dans une rue de Paris le 23 novembre 2020

Un restaurant fermé pour cause de confinement, dans une rue de Paris le 23 novembre 2020 - Thomas COEX © 2019 AFP

Si le confinement s'est imposé sur l'ensemble du territoire en mars 2020, les départements dépendants du tourisme et de l'industrie en ont été les principaux perdants.

Il y a un an, le confinement strict décrété sur tout le territoire pour endiguer l’épidémie de Covid-19 faisait s’effondrer l’économie française. Le mois d’avril 2020 a notamment été marqué par une chute de l’activité sans précédent, de l’ordre de -30%. Mais tous les départements n’ont pas été touchés de la même manière, relève l’Insee ce jeudi. Avec l'apparition d'une géographie de crise économique inédite.

Un choc plus violent dans les départements touristiques et industriels

Bien que les mesures de freinage aient été homogènes sur l’ensemble du territoire, l’ampleur du choc s'est révélée plus ou moins importante selon la spécialisation économique des départements. Dans ceux qui dépendent très largement du tourisme, l’un des secteurs les plus affectés par la crise, le recul de l’activité en avril 2020 a été un peu plus important que la moyenne.

C’est le cas des départements alpins privés des amateurs de sport d'hiver, comme la Savoie (-34,1%), la Haute-Savoie (-32,4%) et les Hautes Alpes (-31,1%) ou des départements appréciés pour leur printemps ensoleillé comme la Corse-du-Sud (-32,8) et la Haute-Corse (-32,2%).

Même chose pour les départements où sont implantés les industries ferroviaires, aéronautiques et automobiles, trois secteurs particulièrement sinistrés. Il s'agit notamment de la Haute-Garonne (-33,2%), des Yvelines (-32,7%), du Doubs (-32,1%) et du Haut-Rhin (-31,9%). A l’inverse, les départements ruraux du centre très peu dépendants du tourisme ainsi que ceux de l’ouest orientés vers l’industrie agroalimentaire ont mieux résisté avec une chute de l’activité oscillant entre -26 et -27,5%.

Au sortir du confinement, l’économie a repris des couleurs mais les écarts entre départements se sont creusés, certains secteurs demeurant profondément pénalisés par la crise (hébergement-restauration, services aux ménages, fabrication de matériels de transport…). Ainsi, lorsque la très touristique Corse-du-Sud continuait à pâtir d'une perte d’activité de -26%, les Deux-Sèvres ou les Côtes-d’Armor n’étaient plus qu’à -5%.

Chute du volume d’heures rémunérées dans les départements les plus touchés

L’impact inégal du premier confinement en France peut aussi se mesurer à l'aune du déficit d’heures rémunérées. S'il a atteint -33% à l’échelle nationale en avril 2020 par rapport à avril 2019, il était supérieur à -36% dans les départements de l’Est et du Sud du pays, dans ceux de l’Est parisien ainsi qu’en Corse, Guadeloupe, Martinique et à La Réunion.

Il s’agit là-encore de départements particulièrement touristiques très concernés par la forte réduction des heures rémunérées dans l’hébergement et la restauration (-80%) mais aussi de départements exposés à la réduction de l’activité dans la fabrication de matériel de transport (le Doubs et le Haut-Rhin). En Ile-de-France, la Seine-et-Marne (-39,8%) accuse le plus fort déficit d'heures rémunérées en raison de la fermeture de Disneyland Paris et de la chute du trafic de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle.

La baisse du volume d’heures rémunérées a, en revanche, été moindre dans les départements de l’Ouest et du Centre, là-encore pour des raisons d’orientation économique. De la même manière, les départements de l’ouest parisien comme les Hauts-de-Seine (-20,6%) ont moins souffert puisqu’ils accueillent des activités davantage "télétravaillables", notamment dans les domaines de l’information, de la communication, de la finance ou de l’assurance.

Des mouvements de population qui ont joué sur la consommation

Le confinement a entraîné d’importants mouvements de population dans l’Hexagone, entre les vacanciers qui ont fui les zones touristiques, les Franciliens qui ont rejoint leur résidence secondaire ou encore les étudiants rentrés chez leurs parents. La Savoie et Paris ont par exemple perdu respectivement 30 et 20% de leur population à cette période, quand des départements comme l’Yonne ou les Côtes-d’Armor ont vu la leur augmenter de 7% et 5%.

Résultat, les transactions par carte bancaire se sont effondrées de plus de 70% dès la première semaine de confinement dans les départements désertés. Elles ont également chuté de plus de 60% dans les territoires les plus affectés par la pandémie (Haut-Rhin, Bas-Rhin, Seine-Saint-Denis) ainsi que dans ceux ayant une ville universitaire importante (Rhône, Haute-Garonne…).

Dans les départements ruraux et dans ceux où sont localisés les résidences secondaires, la baisse des transactions par carte bancaire a été plus contenue. C’est le cas dans le Gers (-44%), la Lozère (-44,6%), l’Ardèche (-45,6%) et ou l’Eure (-47,1%).

Dès le mois de mai et le début du déconfinement, les transactions par carte bancaire sont rapidement reparties à la hausse dans tous les départements, dépassant parfois le niveau de 2019, à l’exception de la Corse où les touristes étaient moins nombreux et à Paris où les étudiants ne sont pas revenus, tout comme les touristes.

Chute de l’emploi plus marquée dans certains départements

Si la vague de licenciements a pu être évitée lors du premier confinement grâce au dispositif d’activité partielle, la baisse de l’emploi salarié au premier trimestre (-1,9% au niveau national entre décembre 2019 et mars 2020) a été plus marquée dans les départements où les salariés intérimaires sont, proportionnellement, les plus nombreux. En période de crise, l'intérim est toujours la première variable d’ajustement.

Une fois de plus, c’est dans les départements touristiques de montagne que l’emploi a le plus diminué, comme en Savoie (-3,5%) ou Haute-Savoie (-2,8%), mais également dans les départements industriels de l’est tels que le Territoire de Belfort (-3,2%), la Haute-Saône (-2,9%) ou la Haute-Marne (-2,8%). Les départements agricoles (Lozère, Gers, Corse, Gard…) s’en sont pour leur part mieux sortis, de même que les départements de la couronne parisienne spécialisés dans le tertiaire et les départements de l’ouest grâce à l’industrie agroalimentaire. Dans ces zones, le recul de l’emploi n'a généralement pas excédé les 2,5%.

Au deuxième trimestre, l’emploi a continué de se dégrader partout en France mais surtout dans les départements touristiques (-6,3% en Corse-du-Sud, -2,7% dans les Alpes-Maritimes) et les départements de l’Est, toujours exposés aux difficultés dans l’industrie. La couronne parisienne a quant à elle été affectée par le fort ralentissement des transports, tandis que l’emploi dans les régions de l’Ouest a été mieux préservé.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco