BFM Business

Sans-culottes hier et gilets jaunes aujourd'hui

-

- - -

Même si comparaison n’est pas raison et si l’anachronisme menace tous ceux qui ont l’amalgame rapide, il n’en reste pas moins que certains aspects des deux mouvements les rapprochent.

Le 21 janvier 1793, le roi Louis XVI était guillotiné. L’évocation de cet événement majeur dans le déroulé de la Révolution, qui, rappelons-le, commença par la rédaction de cahiers de doléance et par la résistance de la population face à la volonté d’une monarchie en faillite d’augmenter les impôts, permet de revenir sur un parallèle que l’on fait souvent en ce moment entre les gilets jaunes d’aujourd’hui et les Sans-culottes d’hier.

Même si comparaison n’est pas raison et si l’anachronisme menace tous ceux qui ont l’amalgame rapide, il n’en reste pas moins que certains aspects des deux mouvements les rapprochent. Et pas seulement le choix de se désigner selon des références vestimentaires. Si le Sans-culotte doit son nom au fait qu’il ne porte pas la culotte aristocratique mais un pantalon, il n’est pas, pour autant, un représentant de la partie la plus défavorisée de la population. Il est artisan, employé, commerçant.

=> Revoir la chronique vidéo de Jean-Marc Daniel dans Good Morning Business

Jacques-René Hébert, qui est souvent considéré comme une des figures de proue du mouvement, rappelle régulièrement qu’il habite les 4e et 5e étages des immeubles. Au-dessus de lui, il y a encore des populations plus défavorisées de domestiques et de journaliers. Il sait lire, ce qui fait le succès de Hébert justement, puisqu’il diffuse un journal, le Père Duchesne, permettant d’organiser les contacts entre les membres du mouvement. Si le Père Duchesne n’a pas de page Facebook, il assure la circulation de l’information avec une redoutable efficacité.

Et quand les Sans-culottes donnent de la voix ils se fondent sur un principe qu’ils vont imposer aux responsables politiques. En effet, ceux-ci en font un des articles de la Déclaration des droits de l’homme qui précède la Constitution de 1793. C’est l’article 35 qui l’énonce : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs »…

Voilà une maxime que les ronds-points de l’hiver sont prêts à s’approprier. Mais deux choses diffèrent entre les deux contestations: les Sans-culottes sont parisiens et éminemment parisiens ; la violence qui les accompagne est sans commune mesure avec celle que nous avons subie depuis novembre. Parlant des actions des Sans-culottes, Robespierre disait que le peuple peut se montrer cruel en croyant être juste. Puissent nos gilets jaunes méditer cette assertion !