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Remplacement de Proglio: un choix politique?

Henri Proglio va quitter la tête d'EDF le 22 novembre prochain.

Henri Proglio va quitter la tête d'EDF le 22 novembre prochain. - Eric Piermont - AFP

En dépit d'un bilan plus qu’honorable, le PDG d’EDF sera remplacé par Jean-Bernard Lévy, a annoncé mercredi François Hollande en Conseil des ministres. Henri Proglio pourrait ainsi payer sa proximité avec la majorité précédente.

Jusqu’au bout, Henri Proglio a cru pouvoir sauver son poste. Le patron d’EDF, que l’on supposait sur un siège éjectable depuis la prise de fonction de François Hollande, avait réussi un retour en grâce inattendu.

Son bilan plaide en effet en sa faveur, avec un résultat net en hausse de 7,4% en 2013 (de 3,5 milliards d’euros) et un chiffre d’affaires de 75,6 milliards. En outre, ses concurrents crédibles étaient aussi inexistants que ses alliés étaient nombreux: Manuel Valls, Emmanuel Macron, mais aussi Ségolène Royal, dont le titre de ministre de l’Ecologie lui confère une importance particulière lorsqu’il s’agit d’EDF. Même la puissante CGT énergie avait donné sa bénédiction pour qu’Henri Proglio soit reconduit.

Proche de Sarkozy et Guéant

Seulement voilà, même s’il cultive ses relations au sein du premier cercle socialiste et se garde bien d’insulter l’avenir, Henri Proglio semble avoir payé sa proximité avec l’ancienne majorité. Proche de Nicolas Sarkozy et de Claude Guéant, il avait durement critiqué le programme socialiste en matière d’énergie lors de la dernière campagne présidentielle. A l’heure où le chef de l’Etat est en délicatesse avec ses propres troupes, le maintenir n’aurait donc pas forcément arrangé la situation.

Enfin, si le PDG d’EDF possède de puissants alliés, ses détracteurs ne sont pas des seconds couteaux. Michel Sapin et Stéphane Le Foll, tous deux proches du président, sont de ceux-là. Sans oublier Anne Lauvergeon, l’ennemie jurée d’Henri Proglio depuis que celui-ci a précipité son départ d’Areva en 2011.

Levy, un choix judicieux

Pour le remplacer, François Hollande - qui n’apprécie par ailleurs que très peu Proglio - a donc jeté son dévolu sur Jean-Bernard Lévy, actuel PDG de Thalès et ancien de Vivendi. Un choix judicieux car outre ses compétences, l’homme est loin d’être un homme de gauche, passé notamment par le cabinet de Gérard Longuet (UMP) au ministère de l’Industrie. Ce qui pourrait éviter au chef de l’Etat des accusations sur une supposée "République des copains". La "phase nouvelle avec la loi de transition énergétique" amorcée par le vote de l’Assemblée mardi, aura en outre donné une justification officielle à l’éviction du dirigeant. Une manière pour François Hollande de (ré)asseoir son autorité en ces temps difficiles.

Yann Duvert