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Quel impact pourrait avoir le programme de Macron sur l'économie?

Le leader d'En Marche! compte investir 50 milliards d'euros et réduire les dépenses publiques de 60 milliards, tout en diminuant la pression fiscale sur les entreprises et les ménages de 20 milliards. Un cocktail gagnant? L'Observatoire BFM Business passe au crible son programme.

Ramener le chômage à 7% tout en réduisant le déficit à 1% et en portant la croissance à 1,8%. C'est le pari qu'Emmanuel Macron fait sur l'ensemble du quinquennat s'il est élu.

Le candidat d'En Marche!, qualifié pour le second tour de la présidentielle et grand favori des sondages, propose pour cela d'alléger à la fois la fiscalité des ménages (suppression des cotisations salariales chômage et maladie, suppression de la taxe d'habitation) et des entreprises (CICE transformé en baisses de charges, impôt sur les sociétés ramené à 25% contre 33% aujourd'hui) pour un total de 20 milliards d'euros. Il compte également investir 50 milliards dans la formation des jeunes et des chômeurs, la transition énergétique ou encore la santé et l'agriculture. En parallèle, 60 milliards d'euros d'économies doivent être réalisées sur l'ensemble du quinquennat pour faire baisser la dépense publique de 3 points de PIB.

Emmanuel Macron compte également réformer l'assurance-chômage en l'étendant aux indépendants et aux salariés démissionnaires tout en rendant le système plus exigeant (suspension des droits en cas de recherches d'emploi insuffisantes ou de refus de deux offres pour un emploi "décent"). Enfin l'ex-ministre de l'Économie veut aussi assouplir les 35h, en faisant primer les accords d'entreprises sur l'organisation du travail et les horaires effectifs.

Quel peut être l'impact de ce cocktail de mesures? L'Observatoire BFM Business l'a analysé à l'aide du modèle économétrique Mac Sim II.

Pour rappel, notre analyse étudie l'impact d'un programme par rapport à la trajectoire naturelle de l'économie sans nouvelles mesures.

Par exemple, sur le chômage, l'OFCE a récemment considéré qu'à politique économique inchangée et sans grand choc externe (Brexit, envolée des cours du pétrole....), le taux devrait progressivement diminuer pour arriver à 7,7% dans cinq ans. Avec cette hypothèse, si le programme d'Emmanuel Macron a un impact de 0,9% sur l'ensemble du quinquennat, cela signifierait que le chômage devrait descendre à 6,8% en 2022.

> Les résultats

Dans les grandes lignes, le programme d'Emmanuel Macron crée assez peu de rupture et serait assez facile à mettre en oeuvre sans véritable choc. Il n'en reste pas moins que ses mesures ont des effets positifs mais mesurés sur l'ensemble des grands indicateurs économiques.

Sur la croissance, l'effort engagé par l'ex-ministre de l'Économie sur l'éducation et la formation ainsi que sa réforme de l'assurance-chômage, qui fluidifierait le marché du travail, devraient muscler la croissance potentielle, c'est-à-dire la croissance de long terme. De plus, la baisse des prélèvements sur les ménages devrait augmenter la consommation. À cela s'ajoute enfin l'effort d'investissement public de 50 milliards d'euros. Au final, l'ensemble de ces mesures devraient stimuler un effet positif cumulé de 1,8 point de PIB sur cinq ans.

Au regard de ce surplus substantiel de croissance, l'effet sur le chômage peut paraître limité. En effet, l'impact sur l'ensemble du quinquennat n'est que de 0,9% en cumulé. Ce qui s'explique notamment par le fait que la baisse du coût du travail pour les entreprises reste limitée (les baisses de cotisations sont concentrées au niveau du Smic).

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Ces allègements vont toutefois redresser un peu la compétitivité française. De même que les dépenses d'investissements et d'éducation qui devraient rendre la main-d'œuvre tricolore un peu plus qualifiée. Ce qui fait que, globalement, le programme d'Emmanuel Macron aurait un impact positif sur la balance commerciale, de 2,5 points de PIB sur l'ensemble du quinquennat.

Enfin, les mesures d'économies préconisées par le leader d'En Marche! telles que la réduction du nombre de fonctionnaires (jusqu'à 120.000 postes sur les cinq ans) ou encore le développement de la médecine ambulatoire, devraient effectivement permettre de réduire le déficit, mais là encore, modérément. L'impact en cumulé sur le quinquennat serait de 0,9 point de PIB.

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Emmanuel Lechypre et Julien Marion