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Que cherche la BCE en coupant le robinet à la Grèce ?

La Banque centrale européenne applique-t-elle strictement ses règles, ou opère-t-elle un coup politique?

La Banque centrale européenne applique-t-elle strictement ses règles, ou opère-t-elle un coup politique? - DANIEL ROLAND - AFP

Les experts de BFM Business analysent les tenants et aboutissants de la décision choc de la BCE qui n'accepte plus de dette grecque en échange de liquidités versées aux banques du pays.

Coup politique ou simple respect des règles? La Banque centrale européenne n'accepte plus de titres de dette grecque comme garantie pour refinancer les banques du pays, étant donné les incertitudes qui pèsent sur son remboursement. Cette décision a été communiquée mercredi soir tard, après une visite sur place à Francfort du ministre des finances grec. Yanis Varoufakis, lui, s'est voulu rassurant. Cette décision "n'aura pas de répercussion négative sur le secteur financier grec", qui est toujours protégé grâce aux autres canaux de liquidités, a-t-il assuré. Il a même estimé que cette annonce de la BCE "met la pression sur les ministres de finances européens pour trouver un accord rapide avec la Grèce". Une interprétation à laquelle n'adhèrent pas vraiment les analystes interrogés ce jeudi sur ce thème sur BFM Business. 

> La BCE a-t-elle pris une décision purement politique ?

Un "coup de pression monumental, une décision de nature politique", considère ainsi Frederik Ducrozet, économiste au Crédit agricole CIB. Il admet qu'elle est "fondée sur des considérations techniques: la BCE avait prévenu qu'elle respecterait ses règles. Mais elle ne bluff pas. Les banques grecques ne pourront plus se refinancer, au moins de manière normale, auprès de la BCE à partir de la semaine prochaine. L'impact est forcément -au moins- psychologiquement très négatif. Il va probablement y avoir des retraits, des fuites de dépôt qui ont déjà commencé. Elles ont atteint 10 milliards à peu près sur le mois de janvier".

Le bon côté de cette décision, selon Frédéric Ducrozet, c'est que "la décision de la BCE augmente les chances d'un accord très rapide entre l'Union européenne, la BCE et la Grèce". Reste néanmoins à gérer un phénomène complexe : "la psychologie, le risque de panique bancaire".

> La BCE envisage-t-elle sérieusement un Grexit ?

Le Grexit, ce néologisme qui circule ces derniers temps pour évoquer une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro. Voilà ce qu'aurait en tête Mario Draghi, selon Laurent Berrebi, président de Global Macro Finance, interviewé dans Intégrale Placement.

"La BCE ne laisse pas réellement tomber la Grèce", estime-t-il, rappelant qu'il y a des liquidités d'urgence et que les banques grecques peuvent se refinancer auprès de la BCE en offrant d'autres contreparties que de la dette souveraine grecque. "Athènes a le choix, elle peut tout à fait décider de sortir de la zone euro. Aujourd'hui on écarte ce scénario en estimant qu'il serait beaucoup trop coûteux pour la Grèce comme pour ses partenaires. Le message sous-jacent à la décision de la BCE, c'est justement de rappeler que cette possibilité existe, et qu'il ne faut pas l'oublier". 

> La BCE a-t-elle encore d'autres armes dans sa manche ?

"C'est le jeu du chat et de la souris, et la BCE dispose d'une très grande latitude. Elle a une grande marge de manœuvre quant à ce qu'elle décide d'appliquer ou non dans ces situations. Et elle est clairement dans une démarche de faire pression les Etats", souligne Jean-Pierre Durante, économiste, Pictet & Cie, dans Intégrale Bourse.

"Les banques grecques pourront dans un premier temps continuer de se fournir en liquidités auprès de la Banque centrale grecque qui dispose de liquidités d'urgence. Ceci dit, Francfort garde la main là encore, car son conseil des gouverneurs a le droit de mettre un terme au recours à ces liquidités d'urgence, s'il estime qu'on s'en sert trop", conclut-il. 

N.G.