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PS et Verts partent en guerre contre la pomme de terre Amflora

La pomme de terre génétiquement modifiée Amflora, dont la culture a été autorisée mardi par la Commission européenne, relance le débat sur les OGM en France où les Verts et les socialistes réclament son interdiction au coeur de la campagne pour les électi

La pomme de terre génétiquement modifiée Amflora, dont la culture a été autorisée mardi par la Commission européenne, relance le débat sur les OGM en France où les Verts et les socialistes réclament son interdiction au coeur de la campagne pour les électi - -

PARIS - La pomme de terre génétiquement modifiée Amflora, dont la culture a été autorisée mardi par la Commission européenne, relance le débat sur...

PARIS (Reuters) - La pomme de terre génétiquement modifiée Amflora, dont la culture a été autorisée mardi par la Commission européenne, relance le débat sur les OGM en France où les Verts et les socialistes réclament son interdiction au coeur de la campagne pour les élections régionales.

Le député européen écologiste José Bové, ancien syndicaliste paysan et porte-drapeau des "faucheurs volontaires" de cultures expérimentales d'OGM, a demandé mercredi un moratoire au gouvernement français.

Le Parti socialiste, auquel les sondages promettent une victoire écrasante aux régionales des 14 et 21 mars en cas d'alliances entre les deux tours avec les écologistes, a formulé la même demande.

Le gouvernement français a déclaré mardi soir qu'il attendrait un avis scientifique avant de se prononcer. Le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire a confié le dossier au Haut conseil des biotechnologies (HCB).

Les organisations professionnelles des semenciers français ont salué de leur côté "une excellente nouvelle".

"Ce choix de la Commission européenne prouve que l'innovation a enfin sa place dans l'agriculture d'aujourd'hui et de demain", dit Philippe Gracien, leur porte-parole, dans un communiqué.

Le gouvernement français a déjà décrété un moratoire en 2008 sur la mise en culture du maïs transgénique Monsanto 810, destiné en principe à l'alimentation animale.

La pomme de terre Amflora de BASF, génétiquement modifiée, ne doit servir en principe qu'à à la production d'amidon pour l'industrie, notamment celle du papier.

"Cette technologie innovante contribue à optimaliser le processus de production et à économiser des matières premières, de l'énergie, de l'eau et des substances pétrochimiques", a précisé la Commission européenne dans son communiqué mardi.

Sont prévues en principe des conditions de culture strictes afin d'éviter que des graines d'Amflora ne soient répandues accidentellement dans l'environnement.

QUESTIONS ANCIENNES SUR LES OGM

Le dossier fait resurgir des questions anciennes sur les OGM, dont la toxicité n'a jamais été démontrée, mais que la France préfère éviter au nom du "principe de précaution", critiqué par les scientifiques, mais auquel la présidence Chirac a donné valeur constitutionnelle.

La situation est ambiguë en France sur cette technique permettant de modifier artificiellement certaines caractéristiques des semences ou des aliments.

Si les cultures sont interdites, la commercialisation d'aliments OGM provenant de l'étranger ne l'est pas. Les Français en consomment donc déjà, avec une seule obligation d'étiquetage au-delà de 0,9%. Les animaux d'élevage sont aussi nourris avec des OGM.

Le bureau national du PS a dénoncé mardi un "coup de force" de la Commission européenne et son premier secrétaire, Martine Aubry, a justifié mercredi cette position en estimant que les usages en principe restrictifs d'Amflora pouvaient être dépassés.

"Aujourd'hui, c'est soi-disant pour faire de l'amidon, et pas des pommes de terre pour la consommation, mais c'est une porte ouverte", a-t-elle dit sur RMC et BFM TV.

José Bové a de son côté estimé sur France Info qu'il était impossible d'éviter ce qu'il appelle une "contamination" des cultures par Amflora. "La France doit assumer une responsabilité, parler de manière forte, et dire: 'Nous n'acceptons pas qu'elle soit mise sur le marché'", a-t-il dit.

Seule voix discordante dans le monde politique français, l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin, en déplacement au Salon de l'agriculture, s'est dit favorable à la culture d'OGM.

Il estime que la croissance de la population mondiale oblige les gouvernants à favoriser un progrès des techniques.

"C'est à mon avis essentiel (...). Nous aurons en 2050 doublé la population mondiale, donc il faut être capable de répondre à cela", a-t-il dit.

"Le fait de se servir de cette nouvelle recherche au niveau de la culture - nous n'en sommes pas au stade de la commercialisation - en exploitant toutes les voies, avec le souci de protection du consommateur et de l'intérêt général, cela me paraît nécessaire qu'on mette le progrès de notre côté."

Thierry Lévêque, avec Laure Bretton, Clément Guillou et Valérie Parent, édité par Sophie Louet