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Pourquoi la reine des macarons soutient Emmanuel Macron

Françoise Holder, la co-fondatrice de Ladurée

Françoise Holder, la co-fondatrice de Ladurée - -

INTERVIEW - Déléguée nationale du mouvement En Marche, Françoise Holder est la co-fondatrice des boulangeries Paul et de la maison Ladurée. Si elle a décidé de s'engager aux côtés du plus jeune candidat à l'élection présidentielle, c'est avant tout parce qu'elle le juge capable de transformer la France.

Pourquoi soutenez-vous Emmanuel Macron?

Je soutiens Emmanuel Macron non pas pour moi mais pour mes enfants et mes petits-enfants. J’ai résisté à la tentation de l’exil fiscal, alors que la plupart de mes amis n’y ont pas résisté, et je souhaite que mes enfants et mes petits-enfants puissent vivre dans un pays plus doux. Et pour cela, je suis persuadée que la France a besoin d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques.

Quels sont les trois conseils que vous lui donnez en tant que chef d’entreprise?

Un: fluidifier. Je tente de le faire depuis trois ans au sein du conseil de simplification et je constate que c’est difficile. La France souffre d’une boulimie normative épouvantable. Il y a 600.000 normes dans notre pays. Et pour un dirigeant d’entreprise qui ne dispose pas d’une DRH et d’un service juridique, c’est un chemin de croix, notamment pour embaucher et débaucher, pour décrocher un marché public, pour tenter l’aventure de l’export… Tout est compliqué. Un chef d’entreprise passe plus de temps à faire de l’administratif qu’à faire son propre métier. Ce n’est pas normal.

Deux: il faut reconnaître le droit à l’erreur. J’ai été magistrat consulaire (dans un tribunal de commerce, ndlr) pendant douze ans. La plupart du temps, ceux qui mettent la clé sous la porte sont soit victimes d’une mauvaise conjoncture, soit d’une erreur de calibrage de leurs investissements, soit d’un manque de soutien de leur banquier qui ne leur a pas accordé le crédit nécessaire. Cela ne justifie pas qu’on les marque au fer rouge à jamais. Il faut que dans notre pays, les entrepreneurs puissent enfin avoir le droit à l’erreur.

Trois: il faut impérativement libérer la représentation syndicale dans l’entreprise. Aujourd’hui la plupart des représentants syndicaux ignorent le fonctionnement des entreprises car ils n’y travaillent pas ou plus. Ils passent leur temps à faire de la représentation. Il faudrait ouvrir les élections professionnelles à des candidatures autres que syndicales dès le premier tour. L’objectif est de rapprocher du terrain ceux qui représentent les intérêts du personnel. Il ne faut plus jamais qu’on se retrouve face à une loi comme celle sur les 35 heures qui s’applique à tous sans distinction de secteur d’activité ou de taille d’entreprise. Il faut privilégier les accords de branches et d’entreprises.

Emmanuel Macron a beaucoup parlé de la jeunesse dans sa déclaration de candidature. Que peut faire un homme politique pour mieux intégrer les jeunes dans le monde du travail et les sortir de la précarité dont ils sont les premières victimes?

Les jeunes ne sont pas les seuls à souffrir de la précarité. Les femmes de plus de 50 ans en sont aussi victimes. En France, on ne s’occupe que de ceux qu’on appelle parfois les "insiders", ceux qui sont en poste. Eux sont protégés, pas les "outsiders". Il faut que les lois les protègent également. Cela vaut pour les indépendants, pour les auto-entrepreneurs. Un salarié ne fait plus 30 ou 40 ans dans la même entreprise. L’époque que j’ai connue est révolue. Aujourd’hui, un salarié peut par exemple souhaiter avoir un emploi à mi-temps et une activité d’auto-entrepreneur. Mais rien n’est fait pour faciliter cela. Il faut permettre à une personne qui souhaite sortir du statut classique de salarié à plein temps de ne pas craindre pour son avenir. Il faut qu’elle se sente libre de mener à bien le projet de son choix en se sentant toujours protégée.

Le revenu universel répond bien à cette problématique, non ?

Cela peut être une solution. Pourquoi pas. Mais il est prématuré d’en parler.

Emmanuel Macron prône la fin des 35 heures pour les jeunes. Comment doit-on comprendre cette proposition? Qu’ils travailleront plus pour le même salaire?

Les 35 heures ont été une idée généreuse au départ, comme la loi sur pénibilité au travail. Mais, je le répète, cela ne peut pas fonctionner si c’est imposé de façon uniforme à toutes les entreprises. De même que cela ne doit pas mener à une gestion si compliquée qu’elle relève de l’usine à gaz. L’idée c’est de donner le choix aux salariés. Les jeunes qui commencent leur carrière, ils veulent souvent travailler plus que 35 heures. Et pourquoi voulez-vous qu’on les paie pour 35 heures s’ils travaillent davantage?

Oui mais dans la loi El Khomri la durée hebdomadaire maximale a été portée à 46 heures après accord d’entreprise. La question est plus de savoir si on applique, ou pas, une majoration de salaire aux heures supplémentaires. La nouvelle loi prévoit une majoration minimale de 10%. Vous voulez la supprimer?

Nous ne voulons pas la suppression des 35 heures. Nous voulons donner aux jeunes la possibilité de travailler plus, de faire deux métiers s’ils le souhaitent. D’être salariés le matin et auto-entrepreneurs l’après-midi et de bénéficier des mêmes protections. À ce stade, on ne va pas rentrer davantage dans les détails.

À la différence des principaux candidats à la primaire de la droite et du centre, Emmanuel Macron estime que les indemnités de chômage doivent être dégressives uniquement en période de plein emploi. Partagez-vous son analyse?

Je travaille depuis 10 ans dans une association d’aide à l’insertion professionnelle des femmes seniors et je vois des gens qui ne trouvent pas de boulot. Quand je me promène dans ma région d’origine, le Nord, je vois les usines qui ferment partout. Comment peut-on dire à des chômeurs qu’on va leur réduire leurs indemnités pour les inciter à accepter un travail? Mais la plupart d’entre eux en cherchent en n’en trouvent pas. Il y a peut-être quelques individus qui profitent du système mais c‘est une infime minorité. Réduire les indemnités dans la période actuelle est d’une inhumanité révoltante. Emmanuel Macron a parfaitement raison quand il dit qu’il faut attendre le retour au plein emploi pour appliquer cette règle. C’est une façon humaine de faire de la politique.

Et la nationalisation de l’Unedic qu’il défend aussi?

Qui paie aujourd’hui le déficit de l’Unedic? L’État. Les payeurs doivent être ceux qui dirigent et prennent les décisions qui s’imposent. Cela me semble naturel.

Cela changerait quoi ?

À partir du moment où on a des comptes à rendre, on gère mieux.

Jugez-vous qu’Emmanuel Macron est plus proche de la gauche ou de la droite?

Ce qui m’a le plus séduit chez lui, c’est qu’il est novateur, qu’il est réformiste, qu’il veut en finir avec les conformismes, les clivages qui nous ont tués. Prenez le sujet de la retenue à la source. C’est une idée initiée au départ par la droite. La gauche tente de l’instaurer. La droite dit immédiatement que c’est nul et qu’elle bloquera son application. Il faut arrêter les enfantillages partisans. C’est ce qui tue notre pays depuis 30 ans. Emmanuel Macron n’est ni de gauche ni de droite. Autrement nous ne serions pas derrière lui. C’est quelqu’un qui veut transformer la société. On est arrivés à un stade de blocage complet, imputable aux partis. Il faut redonner la parole à la société civile. Il faut s’éloigner des appareils parisiens.

Mais comment casser ces clivages? Espérer gagner la présidentielle ne suffit pas. Il faut aussi être en mesure d’exister à l’Assemblée nationale. En marche présentera-t-il des candidats aux législatives?

Nous sommes suffisamment nombreux pour présenter 577 candidats de qualité.

Pour qui avez-vous voté en 2012?

En 2007, j'ai voté pour Nicolas Sarkozy avec enthousiasme. J’ai cru au changement qu’il promettait. En 2012, j’ai voté à droite.

Pour Bayrou ou Sarkozy?

Pas pour Bayrou. Pour Sarkozy, au deuxième tour. Mais sans enthousiasme.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco