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"Pour se financer, les femmes se tournent vers le crowdfunding"

Les femmes, quand elles veulent entreprendre, rencontrent parfois des difficultés pour financer leur projet (illustration).

Les femmes, quand elles veulent entreprendre, rencontrent parfois des difficultés pour financer leur projet (illustration). - Fred Dufour - AFP

Hayat Outahar est la présidente de l'association Femmes entrepreneurs*. Elle revient pour BFMBusiness.com sur les obstacles qui jonchent le parcours des femmes qui souhaitent entreprendre en France. Elle pointe notamment du doigt la difficulté que rencontrent celles-ci pour financer leurs projets.

De plus en plus de femmes souhaitent créer leur propre entreprise. Seulement, dans ce domaine, elles rencontrent parfois des difficultés que ne connaissent pas les hommes. Hayat Outahar, la présidente de l'association Femmes entrepreneurs, donne à BFMBusiness.com quelques conseils en direction de celles (et ceux) qui veulent se lancer. Interview.

Quelle doit être la première initiative d'une femme qui veut créer son entreprise?

Hayat Outahar: Elle doit se rendre à la Chambre de commerce et d'industrie du département dans lequel elle se trouve. Elle y trouvera les informations nécessaires.

Par contre, si elle a un besoin plus spécifique, notamment être mise en relation avec quelqu'un en particulier, Femmes entrepreneurs peut l'aider. A condition qu'elle aussi puisse apporter quelque chose à l'association.

Seule une entreprise sur trois est créée par une femme en France. Pourquoi?

Il y a plusieurs raisons. La première d'entre elles est l'accès au financement. C'est très dur pour les femmes de se faire financer. Il y a tout d'abord, comme pour toute personne souhaitant créer son entreprise, le problème de l'apport personnel.

Il y a aussi celui du soutien des banques. Il faut un certain aplomb quand il s'agit de défendre son projet devant un banquier. Convaincre ce dernier de la faisabilité d'un projet est parfois compliqué pour des femmes, qui peuvent manquer de confiance en elles.

Les deux autres problèmes sont la pression psychologique importante que subissent les entrepreneurs, qui peut bloquer certaines vocations, ainsi que la question du soutien des proches et de la famille, qui manque parfois.

Pourquoi les femmes ont-elles des difficultés à financer leurs projets?

Les femmes prennent moins de risques financiers que les hommes. Elles n'ont besoin que de peu de budget pour se lancer. Seulement, les banques ne prêtent pas de petites sommes, même quand une personne investit 15.000 euros en fonds propres et ne demande un prêt que de 3.000 euros.

Alors les banques redirigent certaines femmes vers les organismes de microcrédit, comme l'Adie. Seulement, ces organismes demandent un garant. Ce n'est pas logique: les entrepreneurs prennent un risque et doivent en faire prendre d'autres à des proches. Certaines femmes peuvent alors se retrouver dans une situation délicate, avec des proches qui disent croire en leur projet mais qui ne veulent pas leur prêter de l'argent.

Quelles sont les solutions dans ces cas-là?

Les femmes se tournent de plus en plus vers le financement participatif (crowdfunding, ndlr). A Femmes entrepreneurs, il nous arrive souvent de diriger les personnes en manque de financement vers cette solution. Nous leur expliquons comment cela fonctionne, mais nous leur disons aussi qu'il faut un bon plan de communication et un réseau personnel déjà fourni. Parce que ceux qui acceptent de donner de l'argent pour financer un projet sont les amis, la famille, les proches... Le crowdfunding n'est pas encore très connu du grand public et il est rare que les gens financent les projets de personnes qu'ils ne connaissent pas.

Pour finir, quels conseils donneriez-vous aux femmes qui veulent entreprendre?

Le premier est de réfléchir à comment l'on va réagir en cas d'échec. Il y a des entrepreneurs qui mettent toute leur vie dans un projet et qui seront incapables de surmonter une éventuelle déception. La bonne méthode est de mesurer les risques, de savoir rebondir. Ainsi, il ne faut pas trop s'endetter pour un premier projet. Le second est d'avoir confiance en l'avenir et surtout beaucoup donner pour recevoir un jour. Il faut être généreux dans la manière d'entreprendre.

*Femmes entrepreneurs est une association loi 1901. Elle a pour but de "mettre en lumière les initiatives de femmes qui montent leur entreprise", selon Hayat Outahar, sa présidente. L'association organise également divers événements permettant aux femmes entrepreneurs de se rencontrer. C'est d'ailleurs après une rencontre de ce type qu'est née l'idée de la création de l'association en 2010. 

Maxence Kagni