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Pour calmer la colère des jeunes, l'État emploie les grands moyens

"Manuel Valls a présenté lundi aux organisations lycéennes et étudiantes un plan composé de 11 mesures et dont le coût est estimé entre 400 et 500 millions d'euros par an. "

Face à la contestation lycéenne, toujours vive, et la colère d'une partie de la jeunesse face au projet de loi Travail, le gouvernement a abattu sa dernière carte.

Matignon a ainsi annoncé lundi un plan de 400 à 500 millions d'euros par an en faveur de la jeunesse, comprenant 11 mesures censées aider les jeunes les moins aisés à accéder à un diplôme, à trouver un emploi et à améliorer leur accès au logement et à la santé.

Dans le détail:

> Le renchérissement des taxes sur le CDD sera rendu obligatoire, la modulation des cotisations selon la durée du contrat devenant elle aussi obligatoire. Le tout afin de favoriser l'embauche en CDI.

> Un quota de places en IUT sera réservé aux bacheliers des filières technologiques, et le nombre de places en BTS va être augmenté.

Une nouvelle aide destinée à la recherche d'emploi

> Une aide à la recherche du premier emploi (Arpe) sera créée pour les jeunes diplômés boursiers cherchant un travail, qui la toucheront pendant quatre mois. Le gouvernement pense que 126.000 jeunes pourront la toucher à la rentrée 2016 et estime le coût de la mesure à 130 millions d'euros maximum en année pleine.

> La rémunération de certains apprentis sera améliorée en 2017, l'État débloquant 80 millions d'euros pour relever les minima salariaux légaux des jeunes de 16 à 20 ans. Les modalités, elles, doivent encore être discutées avec les organisations professionnelles et syndicales.

> Les bourses touchées par les lycéens seront également augmentées de 10% à la rentrée 2016, le montant moyen progressant selon le gouvernement de 63 euros par an, à 697 euros (coût estimé à 28 millions d'euros).

> 25.000 bourses de 1.000 euros par an vont être créées pour des étudiants qui ne bénéficiaient jusqu'alors que de l'exonération des droits d'inscription. Le coût de la mesure, qui entrera en vigueur à la rentrée 2016, est de 25 millions d'euros.

Droit universel à la garantie locative

> Pour les décrocheurs âgés de 16 à 18 ans qui reprennent des études, 12.500 bourses de 1.000 euros seront créées à la rentrée 2016 (coût de 12,5 millions d'euros).

> Afin de faciliter l'accès au logement, le gouvernement propose la mise en place d'un droit universel à la garantie locative pour les jeunes jusqu'à 30 ans. Le coût de cette mesure, estimé à 100 millions d'euros par an, ne sera pas porté par l'État mais par Action logement qui est financé par des cotisations sociales.

> L'accès à la couverture maladie universelle CMU-C pour les jeunes en rupture avec leur famille sera accéléré, le coût estimé de cette mesure étant de 15 à 20 millions d'euros pour 30.000 à 50.000 jeunes concernés.

> Pour améliorer les poursuites d'études des bacheliers professionnels et technologiques, le gouvernement lancera à la rentrée 2016 un plan de création de 2.000 places en section STS (section de technicien supérieur) par an pendant 5 ans. Le coût de cette mesure est estimé à 120 millions d'euros sur 5 ans. 

> La "garantie jeunes", une allocation de 460 euros et un accompagnement vers la formation et l'emploi, sera généralisée en 2017 pour "tous les jeunes en situation de précarité connaissant des difficultés d'insertion".

La jeunesse pas calmée

"Parce que les jeunes se sont mobilisés et ont relevé la tête, ils ont réussi à obtenir des mesures fortes", a estimé le président de l'Unef, premier syndicat étudiant, à l'issue de la rencontre. "On a franchi un cap important", a salué William Martinet, exprimant sa "satisfaction". "Ça va dans le bon sens", a approuvé l'Union nationale lycéenne (UNL). Toutefois, "ça ne lève pas tous les désaccords, notamment sur la loi travail", a poursuivi William Martinet, "c'est pour ça que l'Unef reste solidaire de l'intersyndicale" qui appelle, comme les organisations lycéennes, à manifester le 28 avril aux côtés des syndicats de travailleurs.

Du côté du patronat, la CGPME a dénoncé "un coup de poignard porté dans le dos des entreprises", menaçant de quitter la négociation sur l'assurance chômage pour protester contre la surtaxation des CDD. Le président du MoDem François Bayrou a lui déploré une décision "électoraliste à courte vue", alors que "l'orientation initiale du texte était d'assouplir les règles sur le travail et d'en alléger le coût".

Y.D. avec agences