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NKM: "Comment je compte faire 100 milliards d’euros d’économies"

Nathalie Kosciusko-Morizet est candidate à la primaire de la droite et du centre.

Nathalie Kosciusko-Morizet est candidate à la primaire de la droite et du centre. - Guillaume Souvant - AFP

Candidate à la primaire de la droite et du centre, Nathalie Kosciusko-Morizet détaille pour Bfmbusiness.com son programme économique.

eule femme candidate à la primaire de la droite et du centre Nathalie Kosciusko-Morizet tente d'imposer une vision libérale et neuve de la politique. Pour Bfmbusiness.com, elle dévoile ses ambitions en matière d'économie.

Si vous étiez élue à la tête de l’État de combien réduiriez la dépense publique?

"Mon travail sur les dépenses, comme sur les recettes, s’appuie sur les chiffres de COE rexecode, qui a fait une comparaison entre la France et l’Allemagne. Cette étude est extrêmement intéressante car elle permet de savoir, poste par poste, où pèsent les prélèvements et comment est dépensé l’argent.

Il ressort de ce travail un différentiel de 120 milliards de charges, essentiellement sur le travail et le capital – soit sur les facteurs de production. Ce différentiel se fait évidemment au détriment de nos entreprises par rapport aux entreprises allemandes.

Ma proposition vise à réduire ce différentiel, et se situe aux alentours de 100 milliards d’euros. Je veux mettre en place dans le même temps une baisse des impôts et des charges sur les entreprises, et une baisse des dépenses publiques. Mais je veux baisser les charges par l’ascenseur, et les dépenses par l’escalier. Car évidemment, les réformes structurelles mettent plus de temps à porter leurs fruits.

J’en ai parlé avec Jean-Claude Juncker, qui m’a assuré que cela pouvait se négocier. Il m’a dit : "les pays de l’UE ont très peur d’une France qui n’effectuerait pas ses réformes. Si vous nous proposez un plan qui propose des réformes étalées dans le temps et en même temps une baisse de charges, cela peut se négocier. Mais il ne faut pas que ce soit une promesse, il faut que cela soit voté dans le même temps"".

Où comptez-vous trouver les économies nécessaires ?

"Une part se fera sur la réforme des retraites. Il faut passer à une retraite à points. Et mener une phase de transition, qui repousserait probablement l’âge légal à 65 ans. Cela représenterait une économie de 14 milliards d’euros. On peut aussi réduire les dépenses en réformant la fonction publique, avec à la fois une baisse des effectifs et un alignement sur le privé. 15 milliards peuvent être ainsi économisés.

Réformer la protection sociale permettrait de réduire les dépenses de 20 milliards. Rien que la réforme de l’assurance-chômage –que je préconise de mener en fin de quinquennat – doit pouvoir faire économiser 7 milliards. La réforme des collectivités locales avec la rationalisation des structures, c’est 8 milliards. Il y aura aussi une baisse drastique des aides au logement, qui serait compensée par une relance du secteur du logement étudiant : 10 milliards."

Comment faire baisser le chômage ?

"J’ai trois mesures phares sur le chômage. D’abord, la baisse des charges sur les entreprises (voir plus bas). Ensuite, le développement du travail indépendant - alors que tous les autres candidats sont obsédés par les questions de CDD ou de CDI. On se dirige vers la fin du salariat comme modèle ultra majoritaire : l’horizon, c’est d’avoir deux piliers, un salarié et un indépendant. Il y aura d’ailleurs un statut général du travailleur indépendant.

Enfin, la formation professionnelle, avec un engagement total de l’Etat, des collectivités et des entreprises pour pouvoir former les salariés tout au long de leur vie. C’est-à-dire réformer son financement, alors que celui-ci se perd aujourd’hui dans une multitude de structures. L’argent englouti dans la formation professionnelle est tout simplement un énorme scandale de la République."

Quelle serait votre première mesure économique ? La première mesure du quinquennat précédent que vous supprimeriez ?

"Ma première mesure sera de mettre en place un plan de baisse des charges. Il faudra s’inspirer du rythme du premier mandat de David Cameron: une année à faire toutes les réformes sociales, fiscales. On fixe un cadre pendant un an et on n’y touche plus. Pour le reste, je ne suis pas pour la politique de l’essuie-glace. Mais j’irai tout de même mettre un coup de balai dans ce qui a été fait dans le secteur de la santé."

Pensez-vous baisser les impôts des ménages ? Dans quelle mesure ? Ceux des entreprises ?

"La baisse des charges pour le patronat s’élèverait à 50 milliards, ce qui permettrait de s’aligner sur le régime allemand. Le taux de l’impôt sur les sociétés sera ramené à la moyenne de l’OCDE, soit de 33% à 25%. Je veux également, entre autres choses, sortir la cession d’entreprises de l’assiette des plus-values.

En ce qui concerne les particuliers, je vais être très claire : il va falloir abaisser les impôts… mais uniquement dans un deuxième temps. Les 100 milliards d’économies issus des réformes structurelles serviront à baisser les charges des entreprises. Car aujourd’hui, avec l’état dans lequel se trouve notre compétitivité, baisser les impôts des ménages, c’est relancer l’emploi en Allemagne ou en Chine."

Que feriez-vous pour améliorer la compétitivité de la France ?

"Cela reposera surtout sur la baisse de charges, mais il y a aussi la stabilité. Car c’est très important vis-à-vis des investisseurs étrangers. Ces derniers regardent trois choses : le niveau des impôts et des charges, la simplicité et la stabilité."

Comptez-vous maintenir le nombre de fonctionnaires en France, ainsi que leur statut?

"Ma proposition est de sortir du statut pour les nouveaux entrants, dans toutes les fonctions dans lesquelles ça n’a pas de sens. Car il y a de fonctions où l’indépendance du fonctionnaire est indispensable. Magistrat, par exemple, ça ne se discute pas. Contrairement à d’autres fonctions, comme par exemple les enseignants.

Je ne lie d’ailleurs pas la question du statut à celle du statut à vie. Nous devons prendre exemple sur ce qui se fait chez les militaires : l’armée propose des contrats de 5,10 ou 15 ans avec une reconversion derrière. Il y a trois façons de faire : il y a le fonctionnaire sous statut à vie – pour ceux nécessitant la plus grande indépendance – il y a la possibilité d’avoir des fonctions sous statut temporaire, et il y a des fonctions hors statut. Pour les policiers, on peut très bien envisager un type de contrat comme dans l’armée : temporaire et sous statut."

Comment faire payer un impôt juste aux géants du web ?

"J’ai lu avec attention le rapport Collin et Colin. D’abord, il s’agira de renégocier avec l’OCDE les conventions fiscales signées bilatéralement entre les France et d’autres pays. L’idée, c’est que les géants du web puissent payer leurs impôts chez nous. Il y a également la possibilité d’agir sur les data, en taxant certaines pratiques d’exploitation des données personnelles des utilisateurs. Cela se ferait par rapport au lieu où résident les personnes dont on utilise les données."

Pensez-vous qu’une entrée de la Turquie dans l’UE serait bénéfique économiquement ?

"Au moment où la Grande-Bretagne s’en va, imaginer relancer économiquement l’UE par l’entrée de la Turquie est assez baroque. J’ajoute qu’avant de réfléchir à d’éventuels bénéfices liés à de nouveaux entrants, il faut qu’on se préoccupe de tirer le maximum de nos atouts aujourd’hui. Aujourd’hui, par exemple, on arrive à homologuer la taille des pommes, mais on n’a toujours pas de marché commun du commerce numérique. Tout est différent d’un pays à l’autre."

Quelle est votre position sur le traité transatlantique ? Êtes-vous favorable à l’instauration de tribunaux d’arbitrage privés ?

"Sur un sujet comme ça la seule question est : est-ce que ça nous est favorable ? Dans les intérêts défensifs, on a les normes environnementales et sanitaires, dans les intérêts offensifs on a l’ouverture des marchés publics, etc. Mais en l’état actuel, cela ne nous est pas bénéfique. Les tribunaux d’arbitrage ? On peut en discuter si l’on gagne plein d’avantages par ailleurs. Mais ce n’est pas le cas."