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Muriel Pénicaud: "Tous les jours, sur un coup de tête, on démissionne"

Les indemnités chômage pour les démissionnaires ne concerneront finalement qu'une petite partie d'entre eux. La ministre du Travail justifie ces limitations par la nécessité de ne pas encourager la démission, ce dimanche sur BFMTV.

Interpellée sur la promesse non-tenue du géant américain General Electric de créer 1000 emplois en France après son rachat d'Alstom en 2014, Muriel Penicaud a dit qu'il devrait payer des pénalités. "Le contrat avait prévu qu'il y ait une pénalité de 50.000 euros par emploi qui ne serait pas créé, donc ils devront les payer", a dit la ministre. Elle a par ailleurs rappelé que "GE avait pris quatre engagements, il a tenu les trois autres".

Sur BFMTV ce dimanche, la ministre du Travail est aussi longuement revenu sur le texte final sur les indemnités chômage pour les démissionnaires, promesse de campagne d'Emmanuel Macron. Il ne concernera finalement que 20.000 à 30.000 personnes par an, loin de la mesure "universelle" annoncée. Ce que la ministre du Travail a justifié par le fait qu'il ne faut pas pousser les gens à démissionner, mais accompagner ceux qui ont un projet.

Il faut éviter la démission sur un "coup de tête"

Après l'examen du texte à l'Assemblée dans la nuit de vendredi à samedi, qui sera voté définitivement samedi, la mesure va entrer en vigueur. Finalement, un salarié démissionnaire ne pourra toucher des indemnités chômage qu'à deux conditions: avoir travaillé pendant cinq ans sans interruption, et présenter un projet de reconversion, création ou reprise d'entreprise.

Ce projet sera examiné par une commission paritaire interprofessionnelle régionale qui validera ou non sa pertinence, et donc l'ouverture des droits au chômage. "Pourquoi il faut cette commission? Imaginez, cela arrive tous les jours, un coup de tête, un coup de chaud, on démissionne, et après on se retrouve au chômage longue durée, après on se retrouve dans les minimas sociaux?", a demandé la ministre.

Aujourd'hui, le nombre de démissionnaires concernés par ce nouveau droit au chômage ne représentent que 3% du total. Normal, selon la ministre: "un million de personnes démissionnent chaque année, mais la très grande majorité d'entre eux ont déjà un nouveau boulot quand ils démissionnent".

"Des démissionnaires qui vont chez Pole emploi, il y en a 300.000 par an. Cela veut dire que un démissionnaire sur dix qui va chez Pôle emploi" pourrait toucher le chômage. "On a estimé que 20 à 30.000 voudraient monter un projet chaque année, si c'est 40, ce sera 40. Et si c'est 15 ce sera 15".

La situation personnelle des chômeurs prise en compte

La ministre a par ailleurs abordé la question du renforcement des contrôles de Pôle emploi. Le barème des sanctions visant un chômeur qui ne remplit pas ses "obligations" (insuffisance de recherche d'emploi, absence à une convocation, refus de deux offres raisonnables d'emploi) va être réformé par la loi votée mardi à l'Assemblée.

"L'offre raisonnable d'emploi jusqu'ici, avant que la loi ne soit votée, est la même pour tout le monde" et "ne prend pas en compte la situation personnelle. Aujourd'hui, c'est les mêmes règles pour tous", c'est-à-dire qu'après deux refus d'offre "raisonnable" d'emploi, "le chômeur est sanctionné", a rappelé Muriel Pénicaud.

"Demain, le conseiller Pôle emploi discutera avec le demandeur d'emploi, non seulement en termes de types de rémunérations et de qualifications, mais aussi sur les conditions qui permettent d'accepter" une offre d'emploi, et ce "avant" que des propositions lui soient faites, a-t-elle expliqué. Par exemple, lorsque "vous êtes une femme seule avec deux enfants" dans un "bassin d'emploi rural", et qu'il "y a bien un emploi qui est à 30 kilomètres", mais que "vous n'avez pas de permis ou pas de voiture, et que les crèches ne sont pas ouvertes à temps" alors "vous ne pouvez pas prendre cet emploi", a dit la ministre du Travail.

N.G.