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Pour faire taire les critiques, la prison japonaise où était détenu Ghosn organise une journée portes ouvertes

Le centre de détention de Kosuge, près de Tokyo, a ouvert ce lundi ses portes à quelques journalistes étrangers, afin de faire taire les critiques sur les conditions de détention de Carlos Ghosn.

Sept mètres carrés, pas de barreaux aux fenêtres, un futon à déplier le soir... Voilà à quoi ressemble la cellule où Carlos Ghosn a passé 120 jours en détention. Les autorités japonaises ont organisé ce lundi une visite de la prison de Kosuge (Tokyo), pour quelques journalistes étrangers.

Le but de cette opération de communication: faire taire les critiques sur le système carcéral japonais, à quelques mois des Jeux Olympiques de 2020 à Tokyo, et d’une convention sur la justice criminelle de l'ONU en avril, les Japonais ont ouvert les portes de ce centre pénitentiaire ultra-moderne. Ces critiques étaient nées à la suite de la détention de l’ancien patron de Renault-Nissan.

Une prison aux allures d'hôpital et aux menus conçus avec des nutritionnistes

La prison de Kosuge est entrée en service en 2012, avec un taux d’occupation de seulement 60%. 1758 personnes y sont actuellement détenues. L'ensemble est composé d'un bâtiment principal, en forme de croix, et de diverses constructions alentours, sur un terrain de plus de 150.000 mètres carré. La discipline transpire partout dans ces lieux aseptisés. Sans les serrures sur les portes le long de couloirs sans âme, les gardiens en tenue et quelques autres indices, on se croirait davantage dans un hôpital que dans une prison peuplée à 90% d'hommes, de quelque 40 nationalités.

Les détenus sont encadrés par un règlement extrêmement strict que plus de 800 employés font respecter, mais l'hygiène y semble impeccable: aucune saleté ni odeur nulle part.

"Les menus sont préparés par des nutritionnistes, ils sont équilibrés", ajoute le directeur en présentant des plateaux d'échantillons.

Autour du bol de riz central, il y a un plat principal avec quelques légumes et du poisson ou de la viande, ainsi qu'une soupe, et ce trois fois par jour. La quantité peut cependant sembler juste pour des personnes dans la force de l'âge (84% des occupants ont entre 20 et 59 ans).

"Ceux qui ont des corpulences importantes ou travaillent ont droit à des portions plus grandes", insiste le directeur pour qui les critiques venues de l'étranger sur la nourriture apparaissent difficilement compréhensibles. Les détenus ou leurs visiteurs peuvent acheter des friandises, des magazines et quelques autres produits dans une petite épicerie à l'intérieur de l'immeuble.

"Les conditions de détention sont bonnes", selon le directeur

"Nous pensons que les conditions de détention sont bonnes", affirme à l’AFP le directeur, Shigeru Takenaka, qui balaie les critiques sur les températures trop basses en hiver, ou l’absence de visites aux détenus pendant les vacances des gardiens. "Dans vos prisons à l’étranger, les détenus sont des menaces les uns pour les autres. Pas chez nous", estime-t-il, selon des propos rapportés par Le Figaro. La prison dispose selon les organisateurs d’installation médicales dernier cri, avec neuf médecins qui se relaient 24 heures sur 24, et peu de gardiens sont armés.

Carole Ghosn et ses avocats ne semblent pas du même avis. Ils en avaient notamment appelé à plusieurs reprises à l’ONU concernant les conditions de détention de Carlos Ghosn. Certaines règles, comme celle de ne pas avoir le droit de s’allonger, reçoivent parfois des explications surprenantes.

"Si nous les autorisions à s’allonger, le gardien pourrait croire qu’ils ont fait un malaise. Mais nous ne les réprimandons pas s’ils s’appuient contre le mur ou s’ils marchent dans leur cellule", explique un gardien au Figaro.
Pauline Ducamp, avec AFP