BFM Business

Les ministres des Finances du G20 pointent les risques liés à la guerre commerciale, Washington nie

Le ministre des Finances Bruno Le Maire et son homologue américain Steven Mnuchin.

Le ministre des Finances Bruno Le Maire et son homologue américain Steven Mnuchin. - TOSHIFUMI KITAMURA / AFP

Pour Washington, qui a ouvert plusieurs fronts notamment contre la Chine, le ralentissement de la croissance observé dans plusieurs régions du monde n'a rien à voir avec la guerre commerciale.

Dans un climat assombri par la guerre commerciale sino-américaine, le G20 Finances a mis en avant dimanche les "risques" liés à l'aggravation des tensions commerciales, malgré les réticences initiales des Etats-Unis.

C'est une petite ligne dans le communiqué final mais qui a suscité de longues et "compliquées" délibérations, d'après des participants. "Le contexte était tendu, les négociations ont pris une trentaine d'heures", confie une source proche des discussions.

"La croissance mondiale semble se stabiliser (...) mais elle reste faible et les risques d'une détérioration demeurent. Surtout, les tensions commerciales et géopolitiques se sont intensifiées", soulignent les ministres des Finances et banquiers centraux du G20, réunis ce week-end au Japon, dans ce texte consulté par l'AFP avant sa publication officielle.
Les États-Unis ne partagent pas cet analyse. "Oui il y a un ralentissement en Europe, en Chine et ailleurs. Mais je ne pense en aucun cas que le ralentissement observé dans plusieurs régions du monde soit la conséquence des tensions commerciales", avait lancé samedi devant la presse le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin.

Il avait par ailleurs réitéré la menace d'infliger à la Chine des droits de douane supplémentaires, si le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping ne parvenaient pas à trouver un terrain d'entente lors du G20 prévu fin juin à Osaka.

La France particulièrement inquiète

Autour de la table, ses partenaires ont tenu un discours alarmiste. "De nombreux pays ont exprimé leurs inquiétudes quant aux très importants risques que posent une escalade de la guerre commerciale pour la croissance mondiale", avait ainsi commenté un haut responsable japonais à l'issue des premières sessions de travail.

Parmi eux, la France s'est montrée particulièrement inquiète. "Le risque de voir ce ralentissement économique mondial se transformer en crise économique mondiale en raison de tensions commerciales, ce risque est réel et chacun doit le peser", a déclaré à l'AFP le ministre des Finances Bruno Le Maire, en marge de la réunion de Fukuoka.

"Une guerre commerciale aura sur notre économie, notre vie quotidienne, nos emplois un impact direct négatif que nous voulons absolument éviter", a-t-il insisté, qualifiant le G20 de "bon forum pour discuter de ces sujets".

Même tonalité du côté de Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI).

"La principale menace provient des tensions commerciales persistantes", a-t-elle déclaré dimanche, en référence à la guerre commerciale sino-américaine. "Nous nous sommes rencontrés à un moment où l'économie mondiale montre des signes timides de stabilisation", a souligné Christine Lagarde dans un communiqué publié à l'issue du G20 Finances. Mais "la route devant nous demeure précaire", a-t-elle insisté.

Baisse de 0,5% du PIB: le coût de la guerre commercial

Selon les estimations du FMI, les tarifs punitifs imposés par Washington et Pékin, y compris ceux en vigueur depuis l'année dernière, pourraient réduire le PIB mondial de 0,5% en 2020. 

Avant la rencontre du G20, Christine Lagarde avait fait de ce dossier "la priorité absolue", exhortant les pays membres à maintenir une politique monétaire souple pour soutenir l'activité.

Réserve fédérale américaine (Fed), Banque centrale européenne (BCE), Banque du Japon (BoJ): les grandes banques centrales sont toutes sur le qui-vive, prêtes à agir si nécessaire, même si leurs marges sont limitées tant elles ont déployé des moyens en masse depuis la crise financière d'il y a 10 ans.

Jean-Christophe Catalon avec AFP