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"AOC", la jeune élue américaine qui veut taxer à 70% les revenus des ultra-riches

Alexandria Ocasio-Cortez a fait une entrée fracassante au Congrès américain.

Alexandria Ocasio-Cortez a fait une entrée fracassante au Congrès américain. - Saul Loeb - AFP

Alexandria Ocasio-Cortez a fait son entrée à la chambre des représentants à l’occasion des élections de mi-mandat, et propose de taxer à 70% les revenus supérieurs à 10 millions de dollars par an. Elle est soutenue dans sa démarche par un prix Nobel d’économie.

Outre-Atlantique, elle est la sensation politique et médiatique de la rentrée. Un statut qu’Alexandria Ocasio-Cortez, surnommée "AOC", doit en grande partie à son côté incontrôlable. Avec elle, et d’autres nouveaux membres issus des élections de mi-mandat, le congrès américain s’est offert une cure de jouvence. Mais la vénérable institution, peu habituée à ce genre d’entrée tonitruante, va devoir composer avec l’attitude désinvolte et les idées "radicales" -en tout cas pour les États-Unis- de la nouvelle venue.

La maîtrise de sa communication, notamment via les réseaux sociaux, lui ont déjà assuré quelques "victoires". Comme lorsqu’elle a retourné l’opinion en sa faveur, après que des opposants proches des républicains eurent critiqué une vidéo la montrant en train de danser.

Des milliards pour financer la transition écologique

A seulement 29 ans, la démocrate pourrait bien devenir l’une des figures de l’aile gauche de son parti, marchant dans les pas de l’énergique mais vieillissant Bernie Sanders (77 ans). Un positionnement largement assumé: lors d’une émission de télévision, "AOC" s'est récemment distinguée en proposant la mise en place de taxes élevées pour les Américains les plus riches.

Pour financer un plan de sortie des énergies fossiles, qu’elle défend avec d’autres démocrates, la benjamine du Congrès a ainsi suggéré de taxer à hauteur de 70% les revenus supérieurs à 10 millions de dollars.

Le Washington Post, de son côté, a fait ses calculs: si les 16.000 contribuables américains gagnant plus de 10 millions de dollars étaient taxés (au-delà des 10 millions) à 70% et non plus à 39,6% (comme c’était le cas avant 2017 et la réforme des impôts de Donald Trump), l’opération rapporterait sur le papier 72 milliards de dollars par an à l’État. En réalité, le chiffre devrait être moindre, car il y a de grandes chances que certains parviennent à contourner ce nouveau système de taxation, précise le journal.

Lincoln, Roosevelt et Krugman à la rescousse

Sans surprise, cette proposition a valu à Alexandria Ocasio-Cortez l’étiquette d’élue "radicale" -un terme réservé aux extrêmes aux États-Unis. "Abraham Lincoln a pris la décision radicale de signer la proclamation d'émancipation. Franklin Delano Roosevelt a pris la décision radicale de s'embarquer dans une série de mesures comme la sécurité sociale."(…)"Si c'est ce que radical signifie, appelez-moi radicale", a-t-elle simplement répondu.

Elle a également reçu le soutien appuyé de Paul Krugman, prix Nobel d’Économie 2008 et désormais auteur de chroniques régulières dans le New York Times. "Sur la question fiscale, elle dit simplement ce que de bons économistes disent," a-t-il jugé, citant entre autres Peter Diamond, lauréat du prestigieux prix en 2010. Et rappelant que le seul pays à avoir mis en place des taxes aussi élevées était… les États-Unis, "pendant 35 ans suivant la seconde guerre mondiale". Jusqu’aux années 1980, le taux d’imposition le plus élevé était en effet de 70%.

Pour l’instant, le parti démocrate ne semble pas vouloir engager un virage à gauche toute, ce qui limite les chances de voir les idées d’"AOC" être portées par ses leaders. Mais la jeune New-yorkaise engagée aura déjà réussi à faire tourner quelques têtes vers la gauche.