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Mario Draghi laisse les marchés sur leur faim

Mario Draghi devrait choisir de faire une pause

Mario Draghi devrait choisir de faire une pause - Emmanuel Dunand - AFP

Le président de la Banque centrale européenne a temporisé ce jeudi 8 septembre, évitant toute nouvelle annonce. En conséquence, les bourses ont accru leurs pertes au moment où l'Italien s'exprimait.

"Désolé mais Mario Draghi ne sortira pas de lapin de son chapeau". Telle était la prédiction de Christopher Dembik, chef de la recherche Macro chez Saxo Banque, avant l'intervention du président de la Banque centrale européenne (BCE).

Et force est de constater que l'économiste ne s'est pas trompé. Ce jeudi 8 septembre, Mario Draghi s'est présenté devant les investisseurs et les journalistes avec un chapeau vide. Aucun mouvement sur les taux n'a été annoncé, aucune mesure supplémentaire n'a été actée ou même sous-entendue.

À une journaliste qui s'étonnait de ne pas voir l'institution européenne aller de l'avant, l'Italien a répondu que le moment n'était pas le bon. "À l'heure actuelle, il n'y pas de grand changement qui justifie un passage à l'acte. Notre politique monétaire porte ses fruits", a-t-il assuré, ajoutant que "les projections actuelles montrent que les décisions de mars (porter les rachats de titres mensuels à 80 milliards d'euros) font sentir leurs effets".

Les marchés déçus quand même

Rien de bien fameux donc à se mettre sous la dent pour les marchés qui ont logiquement été déçus. Alors qu'il perdait 0,3% avant la conférence de Mario Draghi, le CAC40 a largement creusé ses pertes, descendant jusqu'à -1,3% avant de se stabiliser autour de -0,8% vers 16h.

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L'inertie de la BCE se retrouve dans ses prévisions économiques qu'elle a mises à jour ce jeudi. Concrètement, elle voit la croissance un peu plus forte en 2016 (1,7% contre une prévision de 1,6% auparavant), et un peu plus faible en 2017 et 2018 (1,6% pour les deux années, contre 1,7% auparavant). Et, globalement, elle a maintenu inchangées ses prévisions d'inflation: 0,2% en 2016, 1,2% en 2017 et 1,6% en 2018.

Certains ont tiqué en constatant que même d'ici à la fin 2018, la BCE n'arriverait pas à son objectif: atteindre une inflation proche de 2%. C'est le cas de Nick Kounis, chef de la recherche macroéconomique de ABN Amro, sur twitter.

Mario Draghi a tout de même précisé que la BCE "avait donné un mandat aux comités compétents" pour "évaluer les options qui permettent de fluidifier notre programme de rachats de titres". Ce que Christopher Vecchio de DailyFX interprète comme une possible nouvelle action en décembre prochain.

Par ailleurs, à l'heure où le programme de rachats de titres de la BCE est très critiqué, Mario Draghi a défendu bec et ongles l'action de son institution. "Si nous n'avions pas mené notre politique monétaire où en serions-nous?", a-t-il feint de s'interroger. Avant d'assurer que cette politique avait "permis de compenser les chocs négatifs intervenus depuis le début de l'année qui autrement auraient frappé de plein fouet la zone euro". Il a cité le Brexit comme exemple.

Et, histoire d'apporter une nouvelle corde à son arc, Mario Draghi a révélé que la BCE estimait que son programme de rachat de titres devrait apporter, en cumulé, 0,6 point de PIB en plus dans la zone euro, entre septembre 2016 et fin 2018. Pour l'inflation, le chiffre est de 0,3%.

J.M.