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Mario Draghi à la BCE : l’heure du bilan

Le président de la BCE a pris ses fonctions il y a exactement un an

Le président de la BCE a pris ses fonctions il y a exactement un an - -

Depuis un an qu'il est à la tête de la Banque centrale européenne, celui que l'on surnomme 'Super Mario' a procédé à des actions fortes, montré son autorité et suscité la critique.

Mario Draghi est arrivé à la tête de la BCE le 1er novembre 2011. En Europe, l’incertitude et l’instabilité économique étaient alors plus intenses que jamais. A cette époque en France, un éclatement de la zone euro était à ce point crédible qu'une réunion secrète se tenait pour l'envisager concrètement.

Sitôt arrivé, deux fois de suite, Mario Draghi baisse les taux directeurs de la monnaie européenne. Un moyen de rendre la dette des Etats moins lourde à porter.

Un novateur à la BCE

Autre action, inédite: l’octroi aux banques de la zone euro de prêts d’un montant illimité, sur trois ans et à taux faible. Ce sont les LTRO, intervenues en décembre 2011, puis en février 2012. En effet, les établissements financiers européens sont en difficulté, notamment en raison du soutien qu’elles apportent au financement des Etats. Ils ne se prêtent plus entre eux, et ont le plus grand mal à se refinancer. Ces opérations leur apportent une bouffée d’oxygène, et détendent les marchés.

Marchés qui, durant l'été, subissent un regain de tension. Le gouverneur de la Banque centrale européenne sort alors l’artillerie lourde: un nouvel instrument, baptisé OMT (Outright monetary transactions). En fait, il consiste à actionner la planche à billets pour racheter de la dette des Etats. Du jamais-vu en Europe.

L'homme du sud et la rigueur

A la différence de Jean-Claude Trichet, qui faisait valider chaque ligne de ses discours par le conseil des gouverneurs, "Super Mario" est capable de changer des passages à la dernière minute. Exemple: sa déclaration de cet été: "la BCE est prête à faire tout ce qui est nécessaire, dans le cadre de son mandat, pour préserver l'euro. Et croyez-moi, ce sera suffisant..." Prononcée alors qu'elle ne figure pas dans le discours officiel, elle est la première allusion à l’OMT qui va suivre, mais dont les détails ne sont pas encore arrêtés.

Une opération qui ne plaît d'ailleurs pas à l’Allemagne. L’actuel président de la BCE joue l’indépendance. Les deux allemands Jurgen Stark, ex-chef économiste de la BCE, et Axel Weber, ex-président de la Bundesbank, ont claqué la porte de l’institution pendant le mandat Draghi, hostile à sa politique qu’ils estiment susceptible de favoriser le laxisme budgétaire des Etats membres.

Le chef de l’institution de Francfort sait aussi faire le dos rond. Il s’est ainsi rendu en personne au Bundestag, pour expliquer aux députés allemands les conditions de l’OMT. Il vient également de recruter Christine Graeff, une communicante de crise allemande, comme directrice de sa communication.

Un proche des marchés

Outre les critiques de partisans de la rigueur budgétaire, une ligne du CV de Mario Draghi a suscité la polémique. Quatre ans à la sulfureuse Goldman Sachs, entre 2002 et 2005, la banque qui a aidé la Grèce à faire paraître son déficit moins important que ce qu'il était, condition pour devenir membre de la zone euro. Les allusions à d'éventuels conflits d’intérêt auraient failli lui coûter le poste de président de la BCE.

Giacomo Draghi est l'autre sujet de controverse. Le fils du président de la Banque centrale européenne est trader. Chez Morgan Stanley, avec comme spécialité les taux d'intérêt, dont dépendent justement les taux directeurs que fixent la BCE. Aux questions éthiques soulévées, les analystes répondent que les positions du jeune Draghi sont très surveillées...

Nina Godart