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Manuel Valls: son bilan après 100 jours à Matignon

Manuel Valls vante le "réformisme" qui caractérise son action

Manuel Valls vante le "réformisme" qui caractérise son action - -

Le Premier ministre fête cette semaine ses 100 jours à Matignon alors que la situation économique et sociale reste morose. Quel est le premier bilan du successeur de Jean-Marc Ayrault? Eléments de réponse.

Manuel Valls va fêter mardi 8 juillet ses 100 premiers jours à la tête du gouvernement. Nommé en remplacement de Jean-Marc Ayrault au lendemain de la claque des municipales de mars pour la majorité, l'ancien ministre de l'Intérieur devait impulser un souffle nouveau tout en redonnant confiance aux milieux économiques.

Le Premier ministre, qui a vanté, hier dimanche 6 juillet, son "réformisme" a-t-il gagné la première manche? Le bilan est pour le moins mitigé même si sa cote dans les sondages reste élevée.

> Gouvernement/Majorité

Incontestablement, Valls "tient" mieux ses ministres que son prédécesseur. Il a même réussi à faire rentrer dans le rang l'incontrôlable Arnaud Montebourg, le ministre de l'Economie, qu'il ménage alors qu'ils sont concurrents pour 2017.

Ce qui n'exclut pas quelques couacs gouvernementaux. Comme celui avec Ségolène Royal à propos des hausses de tarifs d'EDF, ou encore les prises de positions d'Aurélie Filippetti, sa ministre de la Culture, qui affirmait encore vendredi soutenir le mouvement des intermittents alors que Matignon a arbitré le dossier.

Vis à vis de la majorité cette fois, malgré la grogne d'une partie du PS, Manuel Valls a fait passer jusqu'à présent les réformes qu'il souhaite, y compris les baisses de charges des entreprises et les économies budgétaires. Le chef du gouvernement n'a pas hésité à brandir la menace d'une dissolution qui serait fatale à nombre de députés PS frondeurs...

> Croissance/Economie

Malgré le CICE et les annonces de baisses de charges, la croissance n'a toujours par repris en France. Après l'Insee, le FMI a même revu à la baisse, le 3 juillet, sa prévision pour la France à 0,7% pour 2014 contre 1% précédement.

Les propos pro-entreprises de Matignon relayés par l'Elysée n'ont pas encore redonné confiance. Manuel Valls semble pourtant avoir entendu les entreprises: coup sur coup, il a annoncé un report de la nouvelle législation sur le temps partiel, un étalement du compte-pénibilité, évoqué un allégement du Code du travail et plaidé pour une remise à plat des seuils sociaux.

> Emploi/Social

C'est sans doute la principale déception de ces 100 jours: le chômage continue de progresser alors que Valls a fait de l'emploi "la priorité des priorités". Il y a eu en mai 24.800 demandeurs d'emploi supplémentaires. "Avec un premier trimestre marqué par une croissance et une activité atone, il ne faut pas s'étonner que les chiffres du chômage soient mauvais", a-t-il concédé.

Plus généralement sur le front social, Valls n'a pas réussi à convaincre les syndicats de la volonté d'accroître la compétitivité. A preuve la grogne de ceux-ci à la veille de la conférence sociale des 7 et 8 juillet. La CGT et FO lui reprochent ouvertement une trop grande proximité avec le patronat.

> Politique industrielle

Même si Arnaud Montebourg a été à la manoeuvre et l'a bien fait savoir, le bouclage du dossier Alstom, le 21 mai, constitue l'un des temps forts de ce début de gouvernement. Le 15 mai, Manuel Valls a signé également le décret instaurant un mécanisme de protection pour les secteurs industriels stratégiques. L'opinion a visiblement apprécié selon les sondages.

En revanche, le gouvernement Valls n'est pas parvenu obtenir la consolidation du secteur des télécoms.

> Fiscalité

Le geste fiscal en direction de 3,7 millions de ménages modestes dès septembre constitue incontestablement la principale réforme des débuts de Manuel Valls. Par ce geste, l'exécutif a voulu montrer qu'il se préoccupait de l'électorat de gauche qui a boudé le PS lors des municipales.

Mais le Premier ministre est désormais attendu au tournant puisqu'il a promis des baisses d'impôts pour les classes moyennes dès 2015. Il a même annoncé des initiatives "d'ici quelques semaines". Mais il n'a pas voulu dévoiler l'ampleur des marges de manoeuvres financièresqui y seront affectées dans le prochain budget.

> Réforme territoriale

La fusion des régions et la mort programmée des départements constituaient l'un des temps forts de la déclaration de politique générale du Premier ministre, en avril. Mais depuis, l'Elysée a voulu reprendre la main en présentant seul la carte des nouvelles régions.

Du coup, Manuel Valls assume moins l'impopularité de cette importante réforme auprès des élus locaux, socialistes en particulier. Un front de moins pour le Premier ministre.

Patrick Coquidé