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Macron prépare les esprits au maintien du nucléaire

Le PDG d'EDF, Jean-Bernard Levy, attend les décisions d'Emmanuel Macron sur la politique énergétique jusqu'en 2029.

Le PDG d'EDF, Jean-Bernard Levy, attend les décisions d'Emmanuel Macron sur la politique énergétique jusqu'en 2029. - GUILLAUME SOUVANT / AFP

Le Président de la République a réuni les dirigeants d’EDF, Engie, Total et Orano (ex-Areva) pour parler de transition énergétique. Energies renouvelables, véhicule électrique, isolation, tous les sujets seront abordés… sauf le nucléaire. Tout est pourtant fait pour justifier son maintien.

Il faut préparer le terrain. Dans les prochaines semaines, Emmanuel Macron doit annoncer les grandes lignes de la politique énergétique des dix prochaines années. La date du 30 octobre, longtemps évoquée, serait finalement repoussée à mi-novembre.

D’ici là, l’Elysée tâche d’habiller les lourdes décisions qui seront prises sur le nucléaire. Emmanuel Macron a reçu ce mercredi les patrons d'EDF (Jean-Bernard Levy), de Total (Patrick Pouyanné) ou d'Engie (Isabelle Kocher). La fermeture de réacteurs, ou le maintien du parc, est dans tous les esprits. Pour faire diversion, il s’agit de parler de toutes les autres problématiques énergétiques. D’abord, du développement des énergies renouvelables. La France est déjà en retard sur ses objectifs du Grenelle de l’Environnement en 2020 et loin de la trajectoire qui doit l’emmener vers 32% en 2030. L’Elysée assure vouloir pousser leur essor mais les subventions sont limitées. Le temps de les développer nécessitera une transition qu’EDF propose de réaliser grâce au nucléaire.

D’autant qu’il fixe déjà une contrainte forte : que les énergies renouvelables prennent en compte le « Made in France ». Un obstacle quasiment impossible à franchir. Pour le solaire, la quasi-totalité des panneaux sont fabriqués en Chine. La filiale d’EDF, Photowatt, végète depuis six longues années. Les énergéticiens assurent que seuls les systèmes d’exploitation peuvent rester français. Quant à l’éolien, la filière française a été décimée ces dernières années. Les turbines d’Areva ont été revendues au duo germano-espagnol Siemens-Gamesa et Alstom souffre depuis son rachat par General Electric. A l’inverse, le nucléaire reste une filière industrielle française complète que Bercy souhaite prolonger.

Une question de souveraineté et de pouvoir d'achat

L’exécutif justifie son choix par la nécessité de préserver sa souveraineté énergétique. « Il faut éviter de développer une nouvelle dépendance technologique comme le lithium par exemple » assure-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron. La sécurité d’approvisionnement, dans un contexte de tension russo-américaine sur le gaz, reste un argument de taille brandi par EDF pour maintenir son parc nucléaire le plus longtemps possible.

Enfin, l’Elysée met en avant le pouvoir d’achat des Français, assurant que les énergies renouvelables devront être accessibles à tous. Leurs subventions vont coûter 8 milliards d’euros en 2018. Le gouvernement est bien décidé à les raboter alors qu’elles sont désormais rentables sans aides publiques. Là encore, on voit pointer le discours habituel du nucléaire « bon marché », l’énergie « la moins chère d’Europe ». Sauf que le coût dévoilé par EDF -32€/mégawatt moins cher que l’électricité allemande- est un coût de production. Il ne tient pas compte du démantèlement de tous les réacteurs -54€/mégawatt d’après la Cour des Comptes- et encore moins de la gestion des déchets. Les experts estiment qu’il atteint 70 voire 80 euros/mégawatt, soit plus que les énergies renouvelables aujourd’hui. Quant au « nouveau nucléaire », les EPR, son prix est si élevé -110€/megawatt qu’il nécessite d’être garanti sur plusieurs décennies pour être rentabilisé.

Autant d’argument que l’Elysée ne manquera pas de mettre en avant pour justifier le maintien du parc nucléaire jusqu’en 2029.