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Les tensions se cristallisent autour du financement des syndicats

Jean-Luc Mélenchon a dénoncé "des applaudissements à l'idée que les syndicats sont inutiles" ou de "grosses machines" alors que "CGT, FO ou Sud se sont construites dans les luttes".

Jean-Luc Mélenchon a dénoncé "des applaudissements à l'idée que les syndicats sont inutiles" ou de "grosses machines" alors que "CGT, FO ou Sud se sont construites dans les luttes". - Bertrand Guay - AFP

Le projet de loi d'habilitation à réformer le code du travail par ordonnances mentionne la possibilité pour le salarié "d'apporter au syndicat de son choix des ressources" financées par l'employeur. Un article qui n'est pas du goût des organisations patronales et syndicales.

Une poussée de tension s'est produite mardi soir à l'Assemblée entre députés LFI et communistes d'un côté, et élus de la majorité, voire LR, autour d'une forme de chèque syndical dans le projet de loi d'habilitation à réformer le code du travail par ordonnances. Sans mentionner explicitement ce dispositif, le projet de loi ouvre, dans son article 2, la possibilité pour le salarié "d'apporter au syndicat de son choix des ressources" financées par l'employeur.

CFDT exceptée, aucune organisation patronale et syndicale n'est demandeuse de cette promesse d'Emmanuel Macron, comme l'a rappelé Pierre Dharéville (PCF). La CGPME réclame son retrait, jugeant que le Fonds pour le financement du dialogue social fonctionne bien.

Agacé que la majorité soit "régulièrement prise à partie" notamment "en feignant de croire que nous n'avons pas de coeur", Frédéric Descrozaille, député La République en Marche, a appelé à "lâcher la bride" alors que "les salariés ne votent pas aux prud'hommes ou ne se syndiquent pas" souvent. À ses yeux, "comme pour la politique, le syndicalisme comme il existe depuis des décennies a fait la preuve de son inefficacité".

Le communiste Sébastien Jumel a critiqué des "préjugés, rêves de créer un syndicat maison", insistant aussi sur la "garantie constitutionnelle" pour les syndicats, issue de la "Résistance". Le LR Julien Aubert a reproché à "la gauche de la gauche" de "passer plus de temps à défendre les syndicats que les salariés" et de rester "dans une logique crypto-marxiste". Un amendement LFI de suppression du chèque syndical a été rejeté par 212 voix contre 27, à la satisfaction de la majorité.

"Nécessité de leur indépendance"

Jean-Luc Mélenchon a dénoncé "des applaudissements à l'idée que les syndicats sont inutiles" ou de "grosses machines" alors que "CGT, FO ou Sud se sont construites dans les luttes". "Vous ne faites que reprendre des arguments qui, naguère, étaient ceux de Marine Le Pen ou de son père contre les organisations syndicales", a-t-il lâché.

Les "Insoumis" sont hostiles à cette mesure, car "les syndicats ont "toujours mis en avant la nécessité de leur indépendance, notamment financière", selon l'ex-candidat à la présidentielle. "Le syndicalisme est une très belle histoire dans la France (...) mais pour redonner du sens, il faut repartir à la base", a plaidé Frédéric Descrozaille, appelant à "refaire confiance aux gens".

Pour Patrick Mignola (MoDem), "notre dialogue social jusqu'à présent se situait dans l'histoire de luttes respectables mais reste trop marqué par (...) une forme de post-lutte des classes". Le chèque syndical est "une innovation intéressante", pour Patrick Hetzel (LR), défendant "liberté et responsabilité". Des FN ont contesté une mesure donnant "davantage de ressources aux syndicats" pourtant touchés par divers "scandales financiers" ou créant "une charge financière nouvelle aux entreprises".

D. L. avec AFP