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Les petits cadeaux d'un cigarettier aux députés

Eric Woerth

Eric Woerth - Christophe Archambault / AFP

Japan Tobacco a publié une liste d’une cinquantaine de parlementaires à qui la major a envoyé des cadeaux l’an passé. Notamment du champagne et des invitations à des avant-premières de films.

Les fabricants de tabac font toujours autant de lobbying. Depuis janvier 2016, ils doivent publier leurs "dépenses liées aux activités d’influence" comme l’a imposé dans la loi l’ancienne ministre de la Santé, Marisol Touraine. Sur le site Internet du ministère de la Santé, on y apprend notamment que Philip Morris emploie 10 personnes pour faire du lobbying. Et dépense près de 400.000 euros auprès de six sociétés de conseil en France, à Bruxelles et au Luxembourg, notamment auprès du cabinet Rivington (Vera SA).

Mais on y découvre surtout que Japan Tobacco International (Camel, Winston…) a multiplié les cadeaux et invitations auprès de 53 parlementaires pour un total de 6629 euros. D’une bouteille de champagne à 48 euros -du Ruinart d’après un bon connaisseur- offerte pour la nouvelle année 2016, à des avant-premières de films pour 165 euros. Parmi les heureux élus, des sénateurs comme François Baroin, mais aussi les députés Bernard Accoyer, Benoist Apparu, Eric Woerth, Laurent Wauquiez.

Cité dans cette liste, Eric Ciotti a toutefois assuré à BFMTV ne pas avoir accepté le cadeau en question, en renvoyant la bouteille de champagne à son envoyeur. Japan Tobacco a reconnu l'avoir inscrit sur sa liste par erreur ainsi que François Patriat qui n'ont pas bénéficié de ces avantages.

Sur le podium des parlementaires pour qui Japan Tobacco a le plus dépensé, on retrouve Jean-François Mancel (529 euros) et Marie-Christine Dalloz (379 euros), deux des députés qui ont soutenu nombre d’amendements pro-tabac ces dernières années, notamment pour faire évoluer la fiscalité privilégiant Philip Morris. La loi impose aux parlementaires de déclarer ces avantages en nature au déontologue de l’Assemblée nationale lorsque leur valeur dépasse 150 euros. Ces deux députés ainsi que Yannick Favennec, Denis Jacquat, Annick Le Loch, Christine Pirès Beaune, Didier Quentin et Dominique Tian ont donc dû les déclarer à la déontologue Agnés Roblot-Troizier. Contactée, cette dernière n’a pas souhaité nous répondre. Un silence étonnant alors que vient d’être votée la loi sur la moralisation de la vie politique.

Matthieu Pechberty