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Les droites se rebiffent après l'échec des régionales

Nouveau mouvement de Dominique de Villepin, alliances du centre-droit en vue de la présidentielle: l'échec aux élections régionales a sonné un "réveil des droites" à même de contrarier le rassemblement dont Nicolas Sarkozy aura besoin en 2012. /Photo d'ar

Nouveau mouvement de Dominique de Villepin, alliances du centre-droit en vue de la présidentielle: l'échec aux élections régionales a sonné un "réveil des droites" à même de contrarier le rassemblement dont Nicolas Sarkozy aura besoin en 2012. /Photo d'ar - -

par Elizabeth Pineau PARIS - Nouveau mouvement de Dominique de Villepin, alliances du centre-droit en vue de la présidentielle: l'échec aux...

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Nouveau mouvement de Dominique de Villepin, alliances du centre-droit en vue de la présidentielle: l'échec aux élections régionales a sonné un "réveil des droites" à même de contrarier le rassemblement dont Nicolas Sarkozy aura besoin en 2012.

Malgré un coup de barre à droite du président de la République dans un discours lundi et un remaniement marquant l'entrée au gouvernement du chiraquien François Baroin et du villepiniste Georges Tron, la "famille" UMP a du mal à digérer la défaite des régionales, où elle a obtenu l'un de ses plus mauvais scores depuis 1958.

Mardi, une réunion extraordinaire du groupe UMP à l'Assemblée nationale a permis, selon son président Jean-François Copé, de "crever les abcès".

Mieux loti que Nicolas Sarkozy dans le coeur des parlementaires, le Premier ministre François Fillon tentera de nouveau de trouver les mots qui unissent lors d'un séminaire lundi à la Maison de la Chimie, à Paris.

Soucieux de marquer sa différence, vexé d'avoir été oublié dans le remaniement, le groupe Nouveau Centre a décliné l'invitation qui lui a été faite pour cette réunion, après avoir manifesté sa mauvaise humeur mardi dernier à l'Assemblée.

Au-delà de la grogne des élus, la défaite de dimanche a réveillé des ambitions, mettant au défi un président critiqué sur son style, sa méthode et le fond de sa politique.

"Ce réveil des droites est la marque de la crise de leadership du sarkozysme", analyse Stéphane Rozès, président de la société de conseil CAP. "Les régionales tournent une page: Nicolas Sarkozy perd le monopole de l'imaginaire politique, il n'est plus le référent unique pour la majorité actuelle".

"INTENTION DE NUIRE"

Clou de ce "réveil des droites" l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a annoncé jeudi la création d'un mouvement "libre et indépendant", alternative à Sazkozy pour 2012.

La nature exacte de ce mouvement - club ou parti - n'est pas encore précisée, ni ses futurs rapports avec l'UMP.

"Il est membre de l'UMP aujourd'hui, je pense qu'il faudra qu'il clarifie les choses", a dit sur LCI le secrétaire général du parti présidentiel, Xavier Bertrand. "Une chose est certaine, c'est que nos militants, nos électeurs veulent de l'union, du rassemblement, pas de la division".

Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l'UMP, a souligné pour sa part sur Public Sénat "l'intention de nuire" de l'ancien Premier ministre.

Le Nouveau Centre fait lui aussi voeu d'indépendance, annonçant son intention de présenter un candidat en 2012.

Après la déroute aux régionales du Mouvement démocrate de François Bayrou, la famille centriste - du Nouveau Centre à l'Alliance centriste de l'ancien ministre Jean Arthuis en passant par l'Union centriste du Sénat, qui inclut des élus issus du MoDem - a lancé un appel à l'unité.

"La diaspora centriste doit pouvoir être rassemblée", dit Hervé Morin. Le ministre de la Défense et président du Nouveau Centre fait une promesse: "Avant l'été, nous aurons constitué les bases d'une nouvelle formation politique qui sera en mesure de pouvoir porter le moment venu un candidat à l'élection présidentielle".

En marge des partis, des députés prennent l'initiative, tels les anciens ministres Hervé de Charette, Alain Lamassoure et Claude Goasguen, qui organisent mardi à l'Assemblée une rencontre-débat sur "la diversité politique".

LE FRONT NATIONAL REPREND DES COULEURS

A l'extrême droite, le Front national reprend des couleurs après avoir enregistré, fait inédit, un score en hausse entre les deux tours. ()

"Pour un parti que Nicolas Sarkozy se vantait d'avoir fait disparaître de la scène politique, c'est une performance remarquable", relève Jérôme Fourquet, de l'Ifop.

Les observateurs ont estimé que le FN avait recueilli cette fois un vote non plus seulement protestataire, mais d'adhésion, susceptible de l'ancrer à nouveau dans le paysage politique.

Les élections cantonales et sénatoriales de 2011 constitueront, à cet égard, un nouveau test.

Pour Stéphane Rozès, il faudra compter avec le FN jusqu'en 2012, "car autant Nicolas Sarkozy peut peser au centre et éventuellement limiter l'impact de Dominique de Villepin, autant il n'a aucune prise sur le Front national."

Pour Nicolas Sarkozy, qui avait réussi à rassembler derrière lui en 2007, le risque de l'émiettement grandit, faisant ressurgir le spectre de 2002, qui avait vu la multiplication des candidatures à gauche priver le socialiste Lionel Jospin de second tour de l'élection présidentielle, au profit du FN.

Le président peut-il encore inverser la tendance ? "Oui, bien sûr, notamment dans la mesure où il va repositionner le pays autour de la réforme des retraites", estime Stéphane Rozès.

Avec le Service France, édité par Sophie Louet