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Le "Madoff breton" condamné à cinq ans de prison

La juridiction inter-régionale spécialisée de Rennes a rendu son verdict ce 15 mai.

La juridiction inter-régionale spécialisée de Rennes a rendu son verdict ce 15 mai. - Franck Fife - AFP

Jean-Jacques Defaix a été reconnu coupable d'avoir escroqué 1.500 épargnants pour plus de 34 millions d'euros. Il a été condamné par la juridiction inter-régionale spécialisée de Rennes.

La justice aura finalement été un peu plus clémente que prévu. Une peine de sept ans d'emprisonnement avait été requise contre Jean-Jacques Defaix, le "Madoff breton", soupçonné d'avoir escroqué 1.500 épargnants pour plus de 34 millions d'euros et dont le procès fleuve s'était ouvert le 9 mars. Ce lundi 15 mai, il a finalement été condamné à cinq ans d'emprisonnement. Il a été aussitôt incarcéré.

Jean-Jacques Defaix, 69 ans, ainsi que 15 autres prévenus, dont son ancienne avocate, est jugé devant la juridiction inter-régionale spécialisée (JIRS) de Rennes pour "escroquerie en bande organisée, blanchiment et participation à une association de malfaiteurs".

Il était accusé notamment d'avoir mis en place un système pyramidal frauduleux permettant de rémunérer des investisseurs avec les apports de nouveaux arrivants, le tout avec la promesse de rendements allant jusqu'à plus de 6%. "Une cavalerie financière", avait dénoncé le procureur, Arnaud Marie, dans son réquisitoire, au détriment de "petits épargnants, petits souscripteurs", séduits par des placements que des brochures présentaient comme "éthiques", et permettant de "sauver l'emploi" dans leur région.

Traumatisé par son expérience avec sa banque

Fils d'un égoutier et d'une secrétaire, Jean-Jacques Defaix a grandi en banlieue parisienne avec ses huit frères et soeurs. Un CAP d'électricité en poche, il exerce comme technicien en aéronautique dans plusieurs entreprises de la région parisienne, puis accède au statut de cadre avant d'être licencié en 1995. Il se reconvertit alors dans l'élevage de volailles, dans la Vienne, mais dépose le bilan, tenaillé par les dettes. Il termine cette partie de sa carrière comme ouvrier agricole. Traumatisé par son expérience avec sa banque, qu'il accuse de lui avoir passé la corde au cou lorsqu'il était chef d'entreprise, Jean-Jacques Defaix monte en 2002 l'Association d'aide contre les abus bancaires (AACAB).

C'est dans le cadre de cette structure, agréée comme association de défense des consommateurs et dans laquelle il s'investit totalement, que l'homme se fait peu à peu connaître. De bienfaiteur veillant aux intérêts des petits épargnants, il se mue peu à peu en collecteur de fonds auprès d'eux, à travers une quarantaine de "coopératives" dites "de croissance", à vocation éthique. Destinées officiellement à financer des PME locales ayant du mal à lever des fonds via les circuits classiques, elles promettent des rendements de 6%, voire plus.

Alerte donnée fin 2010

L'alerte est donnée fin 2010 par le Crédit mutuel de Bretagne auprès de la cellule de lutte anti-blanchiment Tracfin, suite à un virement suspect de 500.000 euros vers la Chine.

Mis en examen puis écroué en 2011, avant d'être libéré l'année suivante, Jean-Jacques Defaix contestait l'escroquerie et niait tout enrichissement personnel. Sur les 34 millions d'euros collectés, seuls 11 millions ont bénéficié à des entreprises locales, parmi lesquelles "une boulangerie, dont la gérante a utilisé l'argent pour acheter un camping-car et une maison", selon l'Association des victimes des coopératives. Onze autres millions sont partis en Chine, dans un village de loisirs à la française dont l'unique actionnaire est Jean-Jacques Defaix, tandis que le montant restant est bloqué à la Caisse des dépôts. Les enquêteurs suspectent la création d'un système pyramidal, la rémunération des capitaux étant assurée par les souscriptions des nouveaux épargnants.

D. L. avec AFP