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Le lien « infrangible » de la France et de l’Afrique

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Ce lien entre la France et l'Afrique prend désormais deux formes essentielles : d’abord le partage de la langue, connu mais mal mis en valeur ; ensuite celui de la monnaie, souvent ignoré et même menacé.

Le 30 janvier 1944, il y a 75 ans, le général de Gaulle ouvre à Brazzaville une conférence sur l’avenir des colonies françaises, alors que la défaite de 1940 et l’influence croissante de l’Urss rendent impossible le retour au « Code de l’indigénat » promulgué à la fin du XIXe siècle. Le choix de Brazzaville ne s’est pas fait par hasard.

Capitale de l’Afrique équatoriale française avant la guerre, la ville est capitale de la France libre entre 1940 et 1943. En effet, après l’appel du 18 juin 1940, de Gaulle recherche des soutiens outre-mer. En septembre 1940, les Français libres, aidés par les Anglais, tentent donc de prendre pieds à Dakar. Les dirigeants locaux, fidèles à Vichy, les rejettent à la mer. En revanche, grâce notamment à Felix Eboué, ils parviennent à s’installer à Brazzaville, dont de Gaulle fait formellement sa capitale, même s’il réside à Londres. Son discours de janvier 1944 reste imprécis. Il invite à renouveler le lien entre la France et l’Afrique, lien qu’il qualifie d’« infrangible ».

Comment ce lien-a-t-il évolué ? Il prend désormais deux formes essentielles : d’abord le partage de la langue, connu mais mal mis en valeur ; ensuite celui de la monnaie, souvent ignoré et même menacé.

Revenons sur ce dernier lien. Le franc CFA qui est la monnaie de plusieurs pays africains- les « PAZF » pour « pays africains de la zone franc » - les associe à l’euro. Leur lien monétaire avec la France est décrit par la Banque de France en ces termes : « La coopération monétaire entre la France et les PAZF est régie par quatre principes fondamentaux : garantie de convertibilité illimitée apportée par le Trésor français, fixité des parités, libre transférabilité et centralisation des réserves de change. En contrepartie de la garantie du Trésor français, les trois banques centrales (de la zone franc) sont tenues de déposer une partie de leurs réserves de change sur un compte dit « d'opérations », ouvert dans les livres du Trésor. »

Il se trouve que 50 ans presque jour pour jour après le discours de Brazzaville, une opération a conforté ce lien. Afin que l’adoption d’un taux de change plus réaliste entre les monnaies d’Afrique et d’Europe en garantissent la pérennité, le 11 janvier 1994, le franc CFA a été dévalué, passant de 0,02 franc français à 0,01.

75 ans après le discours de Brazzaville et 25 ans après la dévaluation du franc CFA, la France doit comprendre que son intérêt politique, économique et culturel est que son lien avec l’Afrique subsaharienne, dont le décollage est chaotique mais réel, reste, de fait, « infrangible »