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Le gouvernement agite le chiffon rouge de l'âge de la retraite

Le gouvernement français a agité le chiffon rouge du report de l'âge légal de la retraite avant une journée de mobilisation organisée jeudi par six syndicats, au risque de durcir un mouvement social jusqu'ici léthargique. /Photo d'archives/REUTERS/John Sc

Le gouvernement français a agité le chiffon rouge du report de l'âge légal de la retraite avant une journée de mobilisation organisée jeudi par six syndicats, au risque de durcir un mouvement social jusqu'ici léthargique. /Photo d'archives/REUTERS/John Sc - -

par Emmanuel Jarry PARIS - Le gouvernement français a agité le chiffon rouge du report de l'âge légal de la retraite avant une journée de...

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le gouvernement français a agité le chiffon rouge du report de l'âge légal de la retraite avant une journée de mobilisation organisée jeudi par six syndicats, au risque de durcir un mouvement social jusqu'ici léthargique.

Mais cette question en dissimule d'autres potentiellement plus explosives encore, comme les modalités d'une convergence du système de retraite du secteur public avec celui du privé.

Le ministre du Travail l'a réaffirmé mercredi : l'âge légal à 60 ans "n'est pas un dogme" mais un des leviers sur lesquels le gouvernement entend jouer pour sauver le système français de retraites, avec l'allongement de la durée de cotisation.

"Il n'y a pas d'autres mesures, au fond, qui soient convaincantes et qui soient sur la table", a dit Eric Woerth à des journalistes à l'issue du conseil des ministres.

Le Conseil d'orientation des retraites (Cor), organisme indépendant associant partenaires sociaux et parlementaires, évalue à 70 milliards d'euros le déficit du système de retraite en 2030 et 100 milliards en 2050 si rien n'est fait.

Le chef de l'Etat a pour sa part donné un tour plus polémique au débat en accusant le président socialiste François Mitterrand d'avoir été à l'origine des difficultés actuelles en ramenant cet âge légal de 65 à 60 ans le 1er janvier 1983.

Nicolas Sarkozy avait pourtant promis pendant sa campagne et les premières années de son quinquennat qu'il n'y toucherait pas.

Officiellement, rien ne sera définitivement arbitré avant la mi-juin, date à laquelle la phase de concertation avec les partenaires sociaux sur la réforme des retraites sera close : "Rien n'est arrêté pour l'instant, tant pour la durée d'activité que pour les recettes complémentaires", soutient l'Elysée.

COLÈRE DE CHÉRÈQUE

Des journaux informés par une même source gouvernementale très haut placée ont cependant évoqué "l'hypothèse la plus probable" d'un report de l'âge légal à 62 ou 63 ans, pouvant être couplé avec un allongement de la durée de cotisation à 42 ans, voire plus, en 2030, au lieu de 40,5 ans aujourd'hui.

Fureur du secrétaire général de la CFDT, seules des grandes centrales syndicales à avoir signé la réforme de 2003 :

"C'est un défi que le gouvernement nous lance", a déclaré François Chérèque mercredi matin sur France Inter. "Quand je suis face à une injustice, je réagis avec mes tripes."

"Si on veut que le gouvernement remette en cause ce choix, il faut faire une grande journée d'action demain et puis après peut-être", a-t-il ajouté. "On rentre dans un rapport de force important, maintenant les choses sont claires."

Six syndicats (CGT, CFDT, CFTC, FSU, Unsa et Solidaires) organisent jeudi une journée de manifestations et de grèves pour peser sur la réforme des retraites, que Nicolas Sarkozy veut faire voter cet automne pour qu'elle s'applique début 2011.

Un ministre a prédit mercredi des semaines difficiles.

"La réforme ne se passera pas si bien que ça, les syndicats et l'opposition ne nous feront pas de cadeau", a-t-il dit.

La précédente mobilisation, le 1er mai, a été plus faible que ce qu'espéraient les syndicats. Mais les fuites orchestrées à la fin de la semaine dernière par un très haut responsable gouvernemental sont de nature à alimenter la contestation.

Selon ces fuites, le gouvernement envisagerait notamment de relever le taux de cotisation salariale du secteur public pour l'aligner sur celui du privé, mesure potentiellement explosive si elle se solde par une baisse du salaire des fonctionnaires.

LES ENTREPRISES ÉGALEMENT CONCERNÉES ?

Le taux de cotisation n'est qu'un des six ou sept points de différence entre public et privé, dit-on cependant à l'Elysée, où l'on assure que, là encore, "rien n'est décidé".

Quant à Eric Woerth, il a réaffirmé que si la prochaine réforme s'appliquerait "à tout le monde", ce serait dans le respect des accords de 2007 sur les régimes spéciaux de retraite, en particulier en matière de calendrier.

Une disposition prévue par la réforme de 2003 pourrait être activée pour accroître les ressources du système : un relèvement des cotisations d'assurance vieillesse compensée par une baisse de celles de l'assurance chômage. "C'est toujours dans le paysage", dit-on de source gouvernementale.

Cela suppose cependant une reprise économique suffisante pour faire baisser significativement le chômage.

Dans son document d'orientation, le gouvernement s'engage par ailleurs à mettre en place une contribution sur les hauts revenus et les revenus du capital.

Pour ce qui est des premiers, le gouvernement n'en attendrait guère plus de 600 millions d'euros. Un chiffre que l'on refuse de confirmer à l'Elysée, où l'on n'exclut pas, en revanche, que la contribution sur les revenus du capital puisse concerner les entreprises aussi bien que les particuliers.

Avec Yann Le Guernigou, Sophie Louet, Clément Guillou, édité par Yves Clarisse