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Le couac de la BCE qui fait polémique

La tour de la BCE à Francfort

La tour de la BCE à Francfort - Daniel Roland - AFP

La Banque centrale européenne a donné malgré elle des informations sensibles à des intervenants de marché. Un impair dû à une erreur technique, selon l'institution européenne.

C'est un couac comme il en arrive parfois chez les grandes institutions financières. Mais dans le cas de la Banque centrale européenne, qui a pour habitude de maîtriser au maximum sa communication, cela fait tâche d'huile. Mardi les marchés ont applaudi les propos prononcés par l'un des membres du directoire de la banque centrale, Benoît Coeuré.

Dans un discours publié le matin, le Français indique que la BCE va "légèrement" intensifier ses achats d'actifs en mai et juin. C'est-à-dire que l'institution européenne va être encore un peu plus interventionniste sur les marchés. Benoît Coeuré explique alors que cette décision est liée à la "saisonnalité". En clair, en juillet et en août, les marchés sont pauvres en volume. Du coup, la BCE peut moins acheter sur ces deux mois. Elle va donc faire ses provisions deux mois avant, de sorte à maintenir un montant "moyen" de rachats d'actifs à 60 milliards d'euros.

Des considérations techniques qui ont plu aux investisseurs, le CAC40 prenant plus de 2% à la clôture (+2,09%). Et l'euro a lui dévissé de 1,8% face au dollar.

"Une erreur interne"

Malheureusement il y a un hic, comme le rapporte notamment Wall Street Journal. Les déclarations de Benoît Coeuré ont été publiées le mardi matin sur le site de la BCE. Or, ces propos avaient d'abord été adressés la veille au soir à un parterre d'économistes et d'investisseurs lors d'une conférence privée.

Ces derniers ont ainsi pu avoir une information sensible dont ne bénéficiait pas l'ensemble du marché, et auraient très bien pu en profiter en intervenant, par exemple, sur le marché des changes, qui cote en continu. A son corps défendant, Benoît Coeuré était, d'après les Echos, convaincu que son discours serait mis en ligne au moment même où il commencerait à parler. D'ailleurs un porte-parole de la BCE avait indiqué que "notre intention était de publier le discours lors du prononcé mais une erreur de procédure interne a fait que cela n'a été possible que mardi matin".

Après cette mésaventure, la banque centrale a décidé d'interdire les embargos aux journalistes. C'est-à-dire qu'elle ne leur fournira plus à l'avance les discours prononcés par les dirigeants de la BCE, en leur indiquant une heure à partir de laquelle ils peuvent publier un article lié à ce discours. Une décision d'autant plus surprenante qu'à aucun moment l'incident en question n'a été dû à un embargo non respecté par des journalistes.

Une porte-parole de l'institution européenne a assuré ce jeudi que "ce changement de règle était dans les cartons depuis plusieurs mois". Le timing laisse néanmoins songeur...

J.M.