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La double peine des pharmaciens grecs

Les pharmaciens, dont la profession va être libéralisée, risquent en outre la pénurie de médicaments.

Les pharmaciens, dont la profession va être libéralisée, risquent en outre la pénurie de médicaments. - Reisende-unter-der-sonne - Flickr - CC

En Grèce, les pharmaciens sont en grève ce mercredi. Au côté des fonctionnaires et des autres corporations touchées par les mesures de rigueur prévues dans l'accord entre leur pays et la zone euro. La déréglementation qui leur est imposée n'est pas leur seul souci. Ils ont surtout de moins en moins de médicaments à vendre. Explications.

Journée de grève générale en Grèce, à l'heure où le Parlement doit voter la nouvelle cure d'austérité exigée contre une nouvelle aide financière. Outre les principales administrations, les pharmacies sont fermées. Leurs propriétaires protestent contre la déréglementation du secteur, prévue par les nouvelles mesures. Une sorte de loi Macron à la grecque, qui va autoriser la vente de médicaments hors ordonnance par les supermarchés, et permettre l'ouverture de pharmacie par des non-diplômés, dès lors qu'au moins un des salariés de l'échoppe a fait des études de pharmacien. Mais le principal problème auquel sont confrontées les officines, c'est la pénurie de médicaments.

Le 9 juillet, Thierry Daman, un twitto luxembourgeois qui vit en Grèce, déclarait ainsi "ce matin dans ma pharmacie, pas d'insuline, pas de médicaments hormonaux, pas de vaccins. Qui est en train de se sucrer? #Grèce #urgence"

L'insuline. Cette molécule indispensable au traitement des diabétiques est, avec les médicaments contre le cancer, celle qui fait le plus cruellement défaut dans le pays, explique Benaouda Abdeddaïm, envoyé spécial à Athènes pour BFM Business, tout juste revenu de Grèce ce mercredi. Les autres catégories de produits semblent moins concernées, bien que les stocks des pharmacies aient déjà bien baissé.

Avant même le référendum du 5 juillet, les Grecs se sont rués sur les produits de première nécessité. Et entre les pâtes et les bidons d'essence, ils ont raflé de quoi remplir leur armoire de médicaments. Aspirine, antidouleurs, pilules contre la pression artérielle: les officines ont été dévalisées. Les Grecs "achètent des médicaments au cas où", expliquait un pharmacien du centre d'Athènes au Point.

Les fournisseurs rechignent à livrer en Grèce 

Le problème, c'est que les pharmaciens ont la plus grande difficulté à commander de nouveaux médicaments. Depuis l'instauration du contrôle des capitaux dans le pays, le 29 juin, les Grecs doivent obtenir la permission d'un comité pour tout achat de produits étrangers. Ce groupe réunissant un membre du Trésor, un de la Banque de Grèce, des syndicats et des banques privées, est chargé d'allouer les précieuses réserves aux importations prioritaires. Les patrons d'entreprises qui font venir de l'étranger certaines de leurs matières premières doivent ainsi contacter ce comité pour passer commande. Le principe est le même pour l'achat de médicaments, dont la plupart sont fabriqués hors du pays. Et même si les requêtes pour ce type de denrées bénéficient d'un traitement prioritaire, le processus prend davantage de temps qu'à l'accoutumée.

D'autant qu'en face, les fournisseurs rechignent de plus en plus à livrer la Grèce. Les laboratoires, au même titre que n'importe quelle entreprise étrangère, n'acceptent d'envoyer leurs produits dans le pays qu'à condition qu'ils soient payé immédiatement, et en cash, raconte notre envoyé spécial. Autant dire qu'ils ne livrent plus qu'au compte-goutte, puisque depuis plusieurs semaines maintenant, chaque Grec ne peut plus retirer que 60 euros de liquide par jour.

Nina Godart
https://twitter.com/ninagodart Nina Godart Journaliste BFM Éco