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L'Allemagne investit...mais pas dans tous les pays

Rapporté à sa production, l'Allemagne est le pays le plus exportateur de la planète.

Rapporté à sa production, l'Allemagne est le pays le plus exportateur de la planète. - -

Pour les Américains et les Français, l'excédent extérieur de l'Allemagne est trop fort, et sa population ne consomme pas assez. La raison, un pays vieillissant et un fort taux d'épargne. Mais cela ne l'empêche pas d'investir chez ses voisins.

Washington vient de critiquer assez sévèrement les Allemands pour leur excédent extérieur. C’est un grand classique non seulement de la part des Américains mais aussi des Français qui accusent les Allemands de ne pas assez consommer et donc de ne pas assez acheter les produits fabriqués par leurs voisins. Les cigales américaines et françaises accusent la fourmi allemande d’égoïsme. Cela ignore que les Allemands qui vieillissent ont intérêt à épargner. Et que cette épargne n’est pas perdue. Pourquoi avec leurs excédents les Allemands ne viennent-ils pas au secours de Peugeot….?

Washington vient de critiquer assez sévèrement les Allemands pour leur excédent extérieur. Est-ce fondé ?

Chaque mois, l’Allemagne dégage un excédent extérieur de 15 milliards d’euros. Rapporté à sa production, l’Allemagne est de loin le pays le plus exportateur de la planète, plus que la Chine. Les Américains affirment qu’en vendant sans acheter, l’Allemagne déstabilise l’économie mondiale. C’est facile d’attaquer les Allemands qui sur le plan politique sont moins agressifs que les Chinois. Dans les années 80, le bouc émissaire était le Japon.
Ce qui rapproche le Japon et l’Allemagne, c’est que ce sont des pays très efficaces sur le plan industriel mais surtout des pays qui vieillissent et qui donc ont tendance à épargner, c'est-à-dire à peu acheter de biens de consommation courante. On les accuse donc dans ces conditions de priver de débouchés les pays producteurs de biens de consommation.
Mais ce raisonnement qui est fondamentalement partial est partiel. En effet, les excédents allemands ne sont pas perdus. Ils ne disparaissent pas dans des coffres-forts. Ils s’investissent dans les pays voisins de l’Allemagne. En ce moment, il s’agit pour beaucoup de la Pologne ou de la Turquie. Ce mouvement d’investissement soutient la croissance de ces pays, qui eux achètent de plus en plus à l’étranger.
Le problème pour la France - ou accessoirement les Etats-Unis -, c’est de se demander d’abord pourquoi les Allemands n’ont plus envie d’investir chez nous et ensuite pourquoi les Polonais et les Turcs qui consomment beaucoup n’achètent pas suffisamment de produits français.

Les Allemands ne vont donc rien changer à leur attitude ?

On parle dans le cadre des négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement des exigences des sociaux-démocrates en termes de création d’un salaire minimum. C'est-à-dire que les revenus les plus bas en Allemagne seraient augmentés, et comme en général, dans ce cas-là de telles augmentations conduisent à une augmentation de la consommation, on peut penser que les achats allemands vont augmenter. Mais rien ne prouve que cela se fera sous forme de produits français ou américains. Plus généralement, la situation démographique est ce qu’elle est en Allemagne et elle exige un fort taux d épargne, donc peu de dépenses.
Ceux qui sont en faute, ce sont plutôt les Français et les Américains. Leur déficit extérieur traduit un excès de consommation et une inadaptation aux évolutions de la demande mondiale. Des pays nouveaux et jeunes deviennent de plus en plus riches : les Allemands leur vendent leurs produits, les équipent pour qu’ils travaillent et in fine leur assurent une élévation de leur savoir-faire et de leur niveau de vie. A nous d’en faire autant. Les Allemands n’empêchent personne d’aller vendre en Chine, en Inde ou dans les pays pétroliers.

Jean-Marc Daniel