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Jean-François Copé: "Il faut remettre le pays en marche"

Jean-François Copé a détaillé ses mesures en matière d'économie.

Jean-François Copé a détaillé ses mesures en matière d'économie. - Joel Saget - AFP

Candidat à la primaire de la droite et du centre, l'ancien ministre du Budget détaille pour Bfmbusiness.com son programme économique.

Notamment ancien ministre de l'Intérieur et du Budget, ex-président de l'UMP, Jean-François Copé compte désormais tracer sa route vers l'Elysée. Pour Bfmbusiness.com, le maire de Meaux en dit plus sur ses ambitions en matière économique.

De combien pensez-vous réduire la dépense publique, et où comptez-vous trouver les économies nécessaires?

J.F.Copé: "Sur ce point, je suis le premier des candidats à avoir chiffré mon programme intégralement. Cela prend ses sources dans tous les rapports de la CDC et de l’Ifrap, de façon à donner une illustration très concrète et crédible à mes propositions.

Mais il n’est pas raisonnable de ne pas présenter aussi les dépenses, car il faut remettre le pays en marche et il y aura des dépenses supplémentaires. Au total, j’ai chiffré les dépenses supplémentaires à 27 milliards d’euros par an, tout en faisant parallèlement 47 milliards d’économies. Ce qui fait 20 milliards en moins chaque année, 100 milliards sur l’ensemble du quinquennat, de quoi faire revenir la France dans la moyenne européenne.

Les économies, elles, portent sur plusieurs choses majeures. La diminution des effectifs dans la fonction publique, en allant plus loin que le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, le rétablissement du délai de carence dans la fonction publique…Cela fait déjà près de 4 milliards. La dégressivité des allocations chômage et leur limitation dans le temps nous ferait économiser 4 milliards également. Le passage à la retraite à 65 ans, ainsi que la fusion des régimes, c’est 6 milliards. La suppression de l’AME (l'aide médicale de l'Etat, ndlr), quasiment un milliard. Sans compter le gel des dépenses des organismes sociaux. Le tout se base sur une hypothèse de croissance de 1%."

Comment faire baisser le chômage ?

"Aujourd’hui, la source première du chômage, c’est que ceux qui créent de l’emploi – c’est-à-dire les entrepreneurs – rencontrent trop d’obstacles pour pouvoir produire dans de bonnes conditions en France. Premièrement, il faut baisser le coût du travail (par des baisses de charges équivalentes à 30 milliards d’euros, transférées sur la TVA). Deuxièmement, il faut assouplir les règlementations qui sont des freins à l’embauche, notamment les seuils. Troisièmement, un énorme travail d’accompagnement des salariés pour que leur formation réponde à nos besoins."

Quelle serait votre première mesure économique? La première mesure du quinquennat précédent que vous supprimeriez ?

"Généraliser le référendum d’entreprise, que ce soient les salariés qui décident par leur vote s’ils approuvent le projet stratégique de l’entreprise. Les minorités de blocage, comme cela a été le cas chez Smart ou Séphora, ce n’est plus possible.

En outre, je rétablirai le délai de carence dans la fonction publique. C’est une inégalité énorme avec les salariés du privé. Il faut rééquilibrer les choses."

Pensez-vous baisser les impôts des ménages? Dans quelle mesure?

"Oui, je propose de baisser l’impôt sur le revenu de 5 milliards d’euros, essentiellement pour les classes moyennes. Je veux baisser de 4 milliards d’euros les charges sociales salariales pour augmenter les salaires nets. Je souhaite également rétablir la fiscalité familiale, car c’est un dispositif très utile, notamment pour la garde d’enfants. Mais aussi la demi-part pour les veuves, car sa suppression est une profonde injustice. L’ISF sera supprimé également."

Supprimerez-vous les 35 heures? Si oui, maintiendriez-vous une durée légale du travail?

"L’idée est simple : par le biais d’un référendum, chaque entreprise pourra déterminer son temps de travail en fonction de ses besoins. C’est une décision que prendront les salariés. La loi actuelle n’aura évidemment plus lieu d’être. Une durée légale maximum perdurera tout de même puisque la limite de 48 heures est imposée par l’Europe. Mais en pratique, personne ne travaille 48 heures, à part peut-être les indépendants et les patrons de PME."

Que feriez-vous pour améliorer la compétitivité de la France?

"Indépendamment de la baisse des charges sociales, il faut une réforme fiscale des entreprises, il faut que l’on s’aligne sur la moyenne européenne. Je pense à une baisse de 5 milliards de l’impôt sur les sociétés, à une réforme des plus-values sur les cessions d’entreprises. Mais il faut également que l’administration ait plus une fonction d’accompagnement que de contrôle, spécifiquement l’inspection du travail. Enfin, l’essentiel est de créer une véritable stabilité fiscale, il ne faut pas de taxes nouvelles durant le quinquennat."

Comptez-vous maintenir le nombre de fonctionnaires en France, ainsi que leur statut?

"Je propose d’aller plus loin que le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Mais dans le même temps, je souhaite une embauche massive dans le domaine de la sécurité : 50.000 policiers, gendarmes, magistrats, militaires et gardiens de prison. Non pas sous le statut de fonctionnaires, mais en contrats à durée indéterminée. Je propose en effet de mettre fin à l’emploi à vie pour les nouveaux entrants. Je souhaite aussi le rétablissement des 39 heures dans la fonction publique, ce qui permettrait de rendre les réductions d’effectifs plus supportables."

Comment faire payer un impôt juste aux géants du web?

"Il faut que ce soit une décision prise au niveau mondial. Il faut absolument que l’on relance la discussion, car c’est insupportable. L’harmonisation fiscale au niveau européen doit être accomplie. Aujourd’hui, certains ont intérêt à maintenir ce genre de situation, cela s’appelle du dumping fiscal."

Pensez-vous qu’une entrée de la Turquie dans l’UE serait bénéfique économiquement?

"Aujourd’hui, ce n’est pas le sujet. On ne peut plus raisonner de manière quantitative. La Turquie est d’abord un acteur majeur au Proche-Orient. La crise qui s’y déroule est un problème bien plus grave que de savoir si l’on doit élargir l’espace européen. Chacun comprend bien que ce serait une erreur majeure de faire entrer la Turquie dans l’UE, alors même que ses intérêts ne sont pas toujours convergents avec les nôtres. Nous sommes tout entier dédié à l’anéantissement de Daesh, ce n’est pas l’objectif premier de la Turquie."

Quelle est votre position sur le traité transatlantique? Êtes-vous favorable à l’instauration de tribunaux d’arbitrage privés?

"Il subsiste tellement de zones d’interrogations qu’il n’est pas "signable" en l’état. Regardez ce qu’il en est des marchés publics américains, qui ne sont pas ouverts aux entreprises étrangères… La priorité aujourd’hui est qu’on en finisse avec la naïveté commerciale européenne vis-à-vis des Etats qui pratiquent le dumping social ou environnemental."