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"Je veux que les GAFA cessent de se comporter comme des prisons"

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Le secrétaire d'État à l'économie numérique a plaidé pour la mise en place de la "portabilité" des données personnelles, sur BFM Business ce mardi. L'idée: pouvoir transférer ses infos d'une plateforme à l'autre par un simple bouton. Un moyen de faire émerger de la concurrence selon lui.

Faut-il se demander "comment démanteler Google", comme le préconisait lundi le dirigeant de l'Arcep? "Est-ce qu'il y a un sujet sur la place prépondérante de ces plateformes? Oui. Est-ce qu'il est normal qu'elles paient si peu d'impôts? Non. Est-ce qu'il faut faire quelque chose? Oui. La question, c'est comment on le fait, et démanteler n'est pas forcément la bonne solution", répond ce mardi Mounir Mahjoubi, le secrétaire d'État au numérique, dans les Décodeurs de l'Éco.

La preuve qu'il n'est nul besoin de démanteler les mastodontes selon lui: "Regardez Yahoo qui était en situation de quasi-monopole, il a disparu assez rapidement". Le vrai sujet, la marotte de Mounir Mahjoubi, c'est "la portabilité des données". "Ce que je veux, explique-t-il, c'est que ces grandes plateformes cessent de se comporter comme des prisons, je ne veux pas que les gens soient emprisonnés sur une plateforme, et que pour la quitter, ce soit un sacerdoce. Et je ne veux pas que la plateforme ait le monopole pour vendre ces données et de vendre l'accès à vous à tous les autres du marché".

Transférer ses données va créer de la concurrence

Sa préconisation: "Si on a une vraie portabilité des données, moi, le citoyen Mounir, je décide de mettre tous mes mails et toutes mes infos chez Google pendant un an, deux ans, trois ans, parce que j'adore l'interface de Gmail. Et objectivement, aujourd'hui, il n'y a pas beaucoup d'interfaces en ligne qui ressemblent et qui sont de la même qualité que Gmail. Mais demain, un autre prestataire me fournit quelque chose que j'aime autant, si je peux appuyer sur un bouton pour tout transférer, cela va créer de la concurrence, et de la capacité à faire émerger de nouveaux acteurs", estime Mounir Mahjoubi.

Sur le règlement sur les données personnelles, que le gouvernement a prévu d'émettre en mai 2018, "il y a cet enjeu de la portabilité des données personnelles. J'espère que cela va créer des nouveaux marchés de start-up, d'entreprises qui vont permettre à chacun de récupérer ses données partout où elles sont, de les réorienter, de les enrichir, de les restructurer et de les utiliser où l'on veut. Je les mets chez Facebook, je les reprends, je les mets Google, je les reprends, je les mets chez un autre prestataire, et après je les reprends. Mon historique, je le mets dans Qwant, qui devient ainsi plus intelligent pour moi", détaille-t-il.

En somme, il faut que l'utilisateur décide lui-même pour ses données. "Et vous allez voir qu'on ne se posera plus la question du démantèlement, on se demandera ce qu'on va faire avec l'émergence de tous ces nouveaux acteurs".

L'autre sujet qui lui tient à coeur: le "déniaisement numérique", que ce soit dans les écoles ou dans les entreprises, a indiqué Mounir Mahjoubi. À l'école "c'est important dès le plus le jeune âge d'apprendre la base de la base. On ne va pas faire des ingénieurs à la sortie du collège, mais par contre j'aimerais que tous les jeunes sachent ce qu'il se passe derrière un écran (les réseaux qu'on voit, qu'on ne voit pas, les pixels)", a indiqué Mounir Mahjoubi.

Il faut que les PME fassent leur "premier pas numérique"

Concernant l'entreprise, c'est surtout le retard des plus petites d'entre elles qui l'inquiète. "Les TPE-PME qui représentent 80% des emplois en France hors des grandes villes, 50% des emplois sur tout le territoire, sont 16e au classement européen de la numérisation de leurs pratiques. Nous sommes très en retard, ce qui présente un très gros risque", a-t-il considéré.

Côté solution, il affirme que le gouvernement "s'est mobilisé sur ces sujets. J'ai annoncé un plan, qui démarrera en 2018". Il a pour objectif "d'identifier ces entreprises et de les orienter vers des actions à mener".

"Le but n'est pas de transformer tous les artisans en fabricants d'objets connectés qui vendent en bitcoins, mais qu'ils utilisent le numérique pour faire mieux ce qu'ils font déjà aujourd'hui", explique-t-il. En somme, qu'ils fassent leur "premier pas numérique", que le secrétaire d'État définit comme "avoir un site, conquérir de nouveaux clients sur internet, vendre sur une plateforme en France ou à l'étranger".

Un boucher qui se met en ligne augmente sa clientèle

"J'y crois très très fort", poursuit le secrétaire d'État. "On a plein de cas qui nous montrent qu'un boucher qui se met en ligne rien que pour se faire connaître augmente la clientèle de son magasin. Un boucher qui propose la prévente en ligne, un nouveau type de clientèle se saisit massivement de ce dispositif".

À ce titre, le secrétaire d'État raconte avoir rencontré une jeune femme qui, avec ses deux soeurs, deviennent la troisième génération à gérer la boucherie familiale. "Comme elles ne pouvaient pas agrandir physiquement la boutique, elles ont décidé d'agrandir virtuellement. Elles sont dans une toute petite ville à côté d'une très grosse ville. Elle est en train de faire toute sa campagne de communication sur la grande ville, et organise les livraisons une fois par jour. Une super histoire qu'il faut qu'on généralise".

N.G.