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Investissements records : où va l’argent des entreprises ?

Eric Chaney

Eric Chaney - -

Le taux d’investissement des entreprises hexagonales atteint un plus haut historique tandis que les priorités de dépenses ont profondément évolué.

Si la France est devenue le premier pays pour les investissements étrangers de R&D, on constate dans le même temps une hausse continue des investissements des entreprises françaises. Le taux d’investissement (des sociétés non-financières) a même atteint un niveau record à 24%. Parmi les 7 premières puissances économiques européennes, seules la Suède et l’Espagne font mieux. Et contrairement aux idées reçues, sur ce terrain, la France fait mieux que l’Allemagne depuis plus de 15 ans.

Comment interpréter cette tendance ? Alexandre Mirlicourtois, Directeur de la conjoncture et de la prévision Xerfi rappelle les trois destinations de l’investissement des entreprises : celui en matériels, biens d’équipement et de transport notamment, celui visant la construction (c’est-à-dire les locaux professionnels), et l’immatériel (les dépenses de logiciels, de brevet, de R&D).

L’expert souligne ainsi que cette « répartition permet de mettre en valeur le poids encore déterminant de la construction qui représente toujours près de 53% de l’investissement devant la composante immatérielle, près de 25%, et de l’investissement en machines et équipements à un peu moins de 23% »

Traduction, les priorités des entreprises ont profondément évolué. « Lorsque l’on parlait investissement il y a 30 ou 40 ans, on ne parlait pas de la même chose qu’aujourd’hui. Jusque dans les années 70-80, c’était du dur, du concret. De la machine et du bâtiment, à longue durée d’amortissement. Aujourd’hui, c’est toujours du bâtiment mais moins qu’auparavant et de l’incorporel, du service, bref le noyau dur de l’investissement s’est déplacé vers l’immatériel », insiste l’expert.

L’investissement, une arme réservée aux grandes entreprises ?

Cette ventilation est particulièrement marquée en France avec une part de l’investissement immatériel « bien plus élevée qu’en moyenne dans la zone euro (plus de 5 points d’écart) mais aussi, à un degré moindre, de la construction : c’est un trait commun avec les pays du sud où beaucoup d’entreprises possèdent leurs murs. Le corollaire de ces différences, c’est une part des investissements en machines et équipements inférieure de près de 11 points à la moyenne eurolandaise ».

Ce qui constitue un risque pour la compétitivité des entreprises françaises. Alexandre Mirlicourtois explique que cela est dû à une concentration sur le territoire des fonctions de conception alors que la fabrication a été en partie délocalisée.

Si le taux atteint des records, le directeur de Xerfi pointe leur concentration. Concrètement, « il est supporté par un nombre très limité d’acteurs. Sur les 2,4 millions d’entreprises, 1,1 million ont réalisé des investissements en 2016, soit près d’une sur deux. C’est une moyenne. En fait, 96% des entreprises de plus de 250 salariés avaient investi, 90% de celles de 10 à 250 personnes jusqu’à tomber à 30% pour les plus petites structures ».

L’incapacité des petites entreprises à investir, faute de moyens ou de soutien des banques, constitue donc le gros caillou dans la chaussure de l’économie française dont le tissu économique est composé à 90% de PME.

Reste qu’en niveau ou en intensité, « l’investissement des entreprises françaises surpasse celui de ses plus proches concurrentes. Toutes les branches ou presque sont concernées. Elles investissent notamment beaucoup dans les actifs immatériels tels que les logiciels, la R&D, qui sont au cœur de la compétitivité hors-prix. Cela ne cadre ni avec notre perte de compétitivité ni avec l’érosion continue de nos parts de marché. Visiblement, le problème ne vient pas de là ! », conclut le spécialiste.

Olivier CHICHEPORTICHE