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Grogne sociale: comment le gouvernement se met (doucement) à lâcher du lest

Emmanuel Macron et son gouvernement  font quelques concessions aux catégories sociales mécontentes de sa politique.

Emmanuel Macron et son gouvernement font quelques concessions aux catégories sociales mécontentes de sa politique. - Pascal Pavani-AFP

Face à la grogne sociale, le gouvernement a effectué un premier recul face aux retraités les plus modestes affectés par la hausse de la CSG et il pourrait rétablir la demi-part des veuves. Il promet aussi un rattrapage aux fonctionnaires les plus "mal payés". Pour les cheminots, la concurrence sur le réseau SNCF francilien serait différée.

Alors que les manifestations du jeudi 22 mars ont constitué le point d'orgue de la montée de la grogne sociale dans le pays, le gouvernement est prêt à quelques menues concessions. Soucieux de ne pas voir son image (trop) se dégrader alors que la grève des cheminots va commencer le 3 avril pour une durée de 3 mois, l'exécutif commence à lâcher un peu de lest aux catégories sociales descendues dans la rue dernièrement sans pour autant perdre le fil des réformes qui s'enchaînent les unes après les autres.

1.Les retraités

Édouard Philippe a effectué un début de semaine un premier recul au profit des retraités. L'exécutif est confronté à la grogne des retraités qui subissent les effets de la hausse de la CSG. En deux mois, le nombre de mécontents de l'action du chef de l'État chez les plus de 65 ans a ainsi bondi de 44% à 58% (+14 points), selon un sondage Ifop. Pour enrayer cette désaffection, il a fait un petit geste en promettant de "corriger le dispositif" pour 100.000 couples l'an prochain. Pour ceux-là, "il faut corriger le dispositif et nous le corrigerons dans la prochaine loi de finances", a assuré le Premier ministre. Seront concernés les couples légèrement au-dessus du seuil de revenu fiscal de référence de 14.404 euros (1200 euros par mois) pour une personne seule et 22.051 euros (1830 euros par mois) pour un couple.

Même si le dispositif ne concerne pas que des retraitées, la question du rétablissement de la demi-part des veuves, supprimé en 2009, refait surface. Selon LCI, le président Macron aurait arbitré en faveur de cette mesure, proposée par un député LREM, Sacha Houlié et bien accueillie par Édouard Philippe. La suppression de la demi-part fiscale des veuves ayant élevé un enfant (qui a quitté le foyer) sous Nicolas Sarkozy et François Hollande, avait provoqué d'importantes hausses d'impôt. Du point de vue budgétaire, le geste serait significatif puisque le rétablissement de cette mesure coûterait entre 700 millions et 1 milliard d'euros à l'État.

2.Les fonctionnaires

Ce vendredi 23 mars, le ministre de l'Action et des comptes publics est monté au créneau sur le front des salaires de certaines catégories d'agents publics. Gérald Darmanin a souhaité une revalorisation de la rémunération des fonctionnaires les plus "mal payés", "mais pas pour tout le monde", a-t-il annoncé vendredi sur Europe 1 au lendemain de la journée de mobilisation des agents publics.

Le gouvernement entend "faire du rattrapage sur des métiers" comme celui d'"infirmière" ou "un certain nombre de métiers de catégorie C" -la plus basse de la grille de la fonction publique-, a détaillé le ministre tout en réaffirmant que le point d'indice, qui sert au calcul de la rémunération des fonctionnaires des trois versants de la fonction publique (État, territoriale et hospitalière), resterait gelé. Son augmentation coûte 2 milliards d'euros, a-t-il justifié.

Cette mesure de rattrapage des salaires devrait être discutée dans le cadre de la concertation prévue avec les organisations syndicales du secteur public en vue de refonder “le contrat social” des agents publics. “Nous présenterons un projet de loi au début de l’année 2019”, a également précisé le ministre. L'exécutif souhaite également accroître la part du salaire "au mérite" des agents, a rappelé Gérald Darmanin.

3.Les cheminots

C'est le terrain social le plus délicat pour le gouvernement qui risque d'affronter à partir du 3 avril une grève des cheminots longue et gênante pour des millions d'usagers du rail. Le gouvernement reste déterminé à mener sa réforme du système ferroviaire et tenir son objectif de mettre fin à l'embauche au statut de cheminot. "Utilisons à plein ces dix jours (jusqu'au 3 avril) pour avancer dans la discussion, pour rassurer les cheminots, pour trouver des réponses et pour préparer la loi qui sera discutée prochainement au Parlement", a lancé aux syndicats de la SNCF, Elisabeth Borne sur LCI, ce 23 mars.

Que reste-t-il alors à la ministre des Transports comme "grain à moudre" dans la concertation en cours? Sur le front de l'ouverture à la concurrence Elisabeth Borne a déjà tempéré son discours. Elle a proposé il y a une dizaine de jours "un calendrier différent pour l'Ile-de-France, qui est un réseau particulièrement complexe, et donc de décaler dans le temps, à un rythme qui reste encore à discuter (...) l'ouverture à la concurrence". L'Ile-de-France doit faire partie selon elle des exceptions prévues dans le texte européen et mises en avant dans les contre-propositions de la CGT qui s'oppose à l'arrivée de la concurrence sur les rails.

Un autre terrain possible de négociation pourrait être la date à laquelle la fin des embauches au statut des cheminots prendrait effet. Par ailleurs, Guillaume Pepy, lors d'une rencontre récente avec l'Association des journalistes économiques et financiers (AJEF), citait le transfert du personnel quand la SNCF perdra une ligne après l'ouverture du rail à la concurrence, comme une "question entièrement ouverte" car "tout est à négocier". Ce transfert se ferait avec les éléments clés du contrat de travail: même rémunération, même garantie d’emploi, même système de prévoyance. Le système des facilités de circulation (les billets de train gratuits) bénéficiant aux salariés de la SNCF et à leurs ayants droits sera aussi conservé pour les salariés transférés à un nouvel opérateur.

Frédéric Bergé