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Grève des fonctionnaires: une mobilisation en baisse malgré l'unité syndicale

Les leaders des trois principaux syndicats: Pascal Pavageau (FO), Philippe Martinez (CGT) et Laurent Berger (CFDT) rassemblés à la grève des fonctionnaires, le 22 mai.

Les leaders des trois principaux syndicats: Pascal Pavageau (FO), Philippe Martinez (CGT) et Laurent Berger (CFDT) rassemblés à la grève des fonctionnaires, le 22 mai. - Bertrand Guay / AFP

Tous les leaders syndicaux étaient rassemblés ce mardi dans la manifestation contre la réforme de la fonction publique, un fait inédit depuis 2010. Malgré cela, le nombre de manifestants est en baisse par rapport à la précédente journée de mobilisation du 22 mars.

"Malmenés" par un gouvernement qui "veut tout privatiser", infirmiers, postiers ou enseignants ont manifesté dans une rare unité syndicale mardi pour défendre leur statut et les services publics, lors de leur troisième journée de mobilisation depuis l'élection d'Emmanuel Macron.

Le fonctionnement des écoles et collèges était perturbé, de même que l'accueil dans les crèches, des avions étaient cloués au sol et des coupures de courant étaient annoncées.

Une unité syndicale inédite

Fait inédit depuis 2010, tous les grands leaders syndicaux étaient présents. L'unité syndicale est "une très bonne chose" car "ça donne une autre image du syndicalisme", a dit Philippe Martinez (CGT). "Les agents publics sont malmenés aujourd'hui et ils méritent d'être respectés", a abondé Laurent Berger (CFDT), tandis que Pascal Pavageau (FO) assurait que l'unité pourrait "prendre une dimension interprofessionnelle".

"La détermination ne faiblit pas", a écrit la CGT en fin de journée, se félicitant "des centaines de milliers de manifestants" et des taux de grévistes "au moins équivalents à ceux du 22 mars", précédente journée d'action. En régions, le nombre de manifestants recensés par les autorités et les syndicats était cependant inférieur, selon des chiffres partiels communiqués à l'AFP.

Selon les estimations à 18h00, le taux de participation dans la fonction publique d'État est de 10,29%, contre 12,80% le 22 mars et 13,95% le 10 octobre, a indiqué Bercy. Il est de 6,57 % dans la fonction publique territoriale et 7,5 % dans l'hospitalière, contre respectivement 8,11% et 10,9% il y a deux mois, ainsi que 9,5% et 10,4% pour la mobilisation du 10 octobre.

139.000 manifestants selon la police, contre 323.000 en mars

À Paris, 16.400 personnes ont pris part au défilé, d'après le comptage du cabinet Occurrence, qui en avait dénombré 34.700 manifestants le 22 mars. La préfecture de police en a recensé 15.000 et FO, 50.000. Ils étaient 30.000 selon la CGT fonction publique qui a évoqué un comptage difficile vu les "conditions chaotiques" de la manifestation, marquée par des échauffourées entre forces de l'ordre et manifestants cagoulés, et perturbée par un orage.

Le défilé parisien, auquel ont pris part des étudiants, s'est terminé en fin d'après-midi sur la place de la Nation, où des manifestants ont brûlé une effigie d'Emmanuel Macron. Plus tôt, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, avait été invectivé par quelques personnes.

À Marseille, facteurs, enseignants et retraités ont manifesté dans la matinée, de même qu'à Lyon, où ils étaient 4500 selon la police. Souvent rejoints par des étudiants, lycéens ou cheminots, les fonctionnaires étaient 4300 à Nantes, 2700 à Caen, 2200 à Périgueux, 2800 à Rennes, 1600 à Perpignan et Saint-Etienne ou encore 500 à Auch, d'après les autorités.

Au total, 139.000 personnes ont battu le pavé dans toute la France, selon le décompte du ministère de l'Intérieur. Ce dernier avait recensé 323.000 personnes lors de la précédente journée de mobilisation, le 22 mars, la CGT en revendiquait 500.000. Pour la toute première, celle du 10 octobre, les chiffes oscillaient entre 209.000 (Intérieur) et 400.000 (CGT).

Pas de remise en cause, mais une "modernisation" du statut

Déterminés, les syndicats représentant 5,7 millions d'agents ont affiché une solidarité rare: les neuf (CGT, CFDT, FO, Unsa, FSU, Solidaires, CFTC, CFE-CGC et FA), déjà unis le 10 octobre, n'avaient pas lancé d'appel unitaire depuis une dizaine d'années.

Dans leur viseur: la suppression de 120.000 postes durant le quinquennat, le report d'un an du plan de revalorisation des carrières des fonctionnaires (PPCR), le maintien du gel du point d'indice qui sert au calcul des salaires, et le rétablissement du jour de carence (paiement du salaire à partir du deuxième jour d'arrêt maladie).

Une concertation avec le gouvernement, démarrée fin mars, n'a fait qu'aggraver les inquiétudes. Les orientations choisies, dont une extension du recours aux contractuels, constituent, selon eux, une "attaque" du statut du fonctionnaire.

"Nous ne remettons pas en cause le statut. Nous voulons l'adapter, le moderniser", a réaffirmé mardi à l'Assemblée le secrétaire d'État à la Fonction publique, Olivier Dussopt.

J.-C.C. avec AFP