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François Hollande obtiendra-t-il son "compromis historique" sur la réforme du travail?

François Hollande a promis d'accélérer son calendrier pour le redressement

François Hollande a promis d'accélérer son calendrier pour le redressement - -

BFM Business et ses invités économiques ont analysé l'agenda et la méthode fixés ce dimanche 9 septembre par François Hollande lors de son intervention télévisée au journal de 20h de TF1.

Dans son émission spéciale d'une heure non-stop, la rédaction de BFM Business a décortiqué le discours du président aux Français ce dimanche soir. A chaud, les invités de cette soirée spéciale se sont dits globalement confiants sur les objectifs fixés par le président de République. Extraits.

Jean-François Roubaud de la CGPME: "Je crois qu'on va y arriver"

Le président de la Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises (CGPME) nous a assuré qu'il était confiant sur l'objectif fixé par François Hollande ce dimanche soir de trouver un compromis sur la réforme du marché du travail d'ici la fin de l'année. Hollande a, en effet, appelé à une réforme qui permettent aux entreprises de s'adapter plus facilement aux défis économiques. "Elles doivent être soutenues dans leur effort d'adaptation", a-t-il indiqué tout en fixant une limite dans le temps, "d'ici la fin de l'année" aux négociations avec les partenaires sociaux.

Jean-François Roubaud a affirmé qu'il fallait évidemment "aller vite" et que le sujet du coût de la main d'oeuvre ne pouvait plus être écarté. "Je regrette que la 'TVA anti-délocalisation' ait été abandonnée", a-t-il nuancé.

A propos de la taxe à 75% sur laquelle est également revenu François Hollande, il considère ce chiffre tout bonnement "aberrant". Mais Jean-François Roubaud se dit quand-même rassuré d'avoir entendu le président de la République préciser que la taxe serait appliquée à tous (pas seulement les grands patrons, mais aussi les sportifs), limitée dans le temps (deux ans) et qu'elle incluerait à priori les cotisations sociales.

Luc Bérille, de l'UNSA: "Dans flexibilité, il y a aussi sécurisation"

Le secrétaire général de l'UNSA affirme que l'Union est "prête" : "Du point de vue des salariés, il y a urgence à rétablir la croissance et le retour durable à l'emploi", a-t-il précisé. Quand on parle de flexibilité, on parle aussi de "sécurisation", estime-t-il, rappelant qu'il est préférable de développer le chômage partiel plutôt que les licenciements.

"Quand il y a urgence sociale, la balle est dans le camp social", selon Luc Bérille. Et à propos de la date limite de négociations imposée par le président de la République, après laquelle l'Etat interviendrait, il acquiesce : "Je ne suis pas choqué que la puissance publique prenne ses responsabilités. Je ne l'étais pas sous Sarkozy, je ne le suis pas maintenant".

Concernant le financement de la protection sociale, Luc Bérille est également en accord avec le discours du président : "Si on veut la sécuriser, il faut trouver d'autres sources de financement. Et une hausse de la CSG a plusieurs avantages, même si cela ne suffira pas".

Bernard Van Craeynest de la CFE-CGC : "Il va falloir définir le socle minimal de protection des salariés"

Le président de la CFE-CGC est persuadé que tous les partenaires sociaux sont conscients de leurs responsabilités. La CFE-CGC en particulier a "la ferme volonté de trouver les compromis qui satisfassent tout le monde". Selon lui, l'idéal serait de retrouver la fluidité du travail qui avait cours dans les années 70, pour que "changer de travail ne soit pas une sanction".

Soucieux des différences qui peuvent exister entre les salariés des groupes et ceux des petites et moyennes entreprises, il a insisté sur l'importance de "définir le socle minimal de protection des salariés", afin "qu'il n'y ait pas de différences de traitement des salariés".

Le but, selon lui, c'est de pouvoir passer d'une entreprise à une autre, avec un "accompagnement", c'est-à-dire en bénéficiant d'une "boîte à outils", comme par exemple de la formation.

Jean-Louis Levet, économiste : "un président pragmatique"

L'économiste, auteur de "Réindustrialisation, j'écris ton nom", estime que la prévision de croissance dévoilée par François Hollande ce soir de 0,8% est dans "une fourchette réaliste". Les exportations de la France se faisant principalement en zone euro, notre pays est donc très dépendant de la situation économique de la zone, a-t-il rappelé. "Derrière la crise de la dette, il y a une crise de production", continue Jean-Louis Levet, donc "si la zone euro veut repartir, c'est l'industrialisation de l'Europe qui se joue".

L'économiste a trouvé François Hollande très "mendésiste" ce soir, fixant les étapes, promettant de rendre des comptes régulièrement et affichant un "pragmatisme fort". "Sur la compétitivité du travail, par exemple, il a parlé du coût du travail. C'est une vision très pragmatique", selon lui. Par ailleurs, Jean-Louis Jouvet a estimé que le message du président de la République pouvait "mieux passer" auprès des entreprises, qui ont besoin de stabilité fiscale et fiancière. Alors que "ces dix dernières années l'Etat était pris d'une folie productrice de lois" pour les entreprises.

En allant vers "plus de souplesse" et "plus de sécurité", la France prendrait le chemin adopté depuis des années par les pays scandinaves, nous dit Jean-Louis Levet. L'économiste regrette cependant que François Hollande n'est pas précisé comment il comptait relancer l'investissement. Et qu'"on ne l'a pas entendu sur sa vision de l'Europe".

Delphine Sabattier