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Pourquoi le mois de décembre est habituellement un mois crucial pour le commerce et l'hôtellerie

Le commerce et l'hôtellerie souffrent d'une baisse d'activité depuis le début du mouvement des gilets jaunes. Beaucoup voient s'éloigner l'aubaine que représente le mois des fêtes de fin d'année et son fort pic d'activité.

"Rater la fin de l'année, c'est rater son bilan", affirmait François Asselin, président de la confédération des PME (CPME) dans le JDD le 9 décembre. Si cette affirmation vaut pour les PME en général, elle est encore plus vraie pour certains secteurs d'activité très dépendant des fêtes de fin d'année.

Durant cette période, de nombreux commerçants ont l'habitude d'engranger des ventes réalisées au prix fort, donc à forte marge bénéficiaire, avant la grande braderie que constituent les soldes de janvier. Les blocages, manifestations et fermetures de magasins en fin d'année pénalisent doublement le commerce de détail.

"L'activité des services décélère sous l'effet du mouvement actuel. Les transports, la restauration et la réparation automobile régressent ainsi que l'hôtellerie", constate ce lundi la Banque de France, dans son enquête de conjoncture estimant la croissance en forte baisse sur le quatrième trimestre.

En bijouterie, 50% des ventes annuelles en novembre et décembre

"Le secteur de la bijouterie réalise plus de 50% de son chiffre d'affaires annuel dans les deux derniers mois de l'année, imaginez ce que ça peut représenter pour les chefs d'entreprise, ça peut être absolument catastrophique", expliquait Jean-Eudes Dumesnil, secrétaire général de la CPME le 29 novembre. 

Depuis, la situation du commerce de détail s'est aggravée. Le manque à gagner pour les commerçants sera "supérieur à un milliard d’euros" depuis le début du mouvement, selon Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui s'exprimait sur FranceInfo, hier dimanche 9 décembre.

Les centres commerciaux ont connu samedi 8 décembre leur "pire journée" depuis celle du 17 novembre (-30%) avec un recul de 17% de leur fréquentation, selon des chiffres du Conseil national des centres commerciaux (CNCC).

Pour Bercy, le petit commerce a subi 40% de perte d'activité

Dans le commerce, Bercy a évoqué une baisse générale de l'activité, qui va d'au moins 15% pour la grande distribution jusqu'à 40% pour les petits commerces. "C'est une période où normalement le commerce tourne bien, c'est la veille des fêtes de Noël et, là, c'est une catastrophe", a de son côté regretté Bruno Le Maire, qui se trouvait dimanche près de la gare Saint-Lazare, non loin d'un foyer de troubles la veille.

Du côté du tourisme, la situation est également sombre. Les réservations de fin d'année dans les chaînes d'hôtels ont reculé d'au moins 10%, selon le Groupement national des chaînes hôtelières.

Les graves incidents et dégâts matériels subis par des grandes villes à fort potentiel touristique comme Paris et Bordeaux se sont traduits par des annulations de réservations. Elles pénalisent le secteur durant un mois où l'hôtellerie française engrange habituellement une bonne fréquentation.

Grand nombre d'annulations dans l'hôtellerie parisienne

"Le dernier mois de l'année est celui où l'on déambule dans les marchés de Noël, où l'on se rassemble à l'occasion des festivités et où les villes déploient leur programmation afin de célébrer le passage à la nouvelle année", souligne-t-on du côté de l'UMIH (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie), principale organisation patronale dans l’hôtellerie-restauration. Or, du 23 au 27 novembre, il y a eu entre 20.000 et 25.000 nuitées annulées sur tout le mois de décembre, rien que pour l'hôtellerie parisienne. Alors que dans ce secteur, la période de la Saint-Sylvestre et du Nouvel an est traditionnellement porteuse, ce sont les jours où l’on a observé le plus grand nombre d’annulations, toujours dans l'hôtellerie à Paris.

L'impact de la crise des "gilets jaunes" est d'autant plus dommageable pour l'hôtellerie que les performances enregistrées sur les dix premiers mois de l’année d’activité en cours "étaient jusqu’à présent remarquables avec une fréquentation en hausse de près de 4 points sur toute l’Ile-de-France", selon l'observatoire Okala/MKG Consulting qui travaille pour le compte de l'UMIH

Frédéric Bergé