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La dernière usine française Banania-Benco est menacée de fermeture et ses salariés sont en grève

Le chocolat en poudre attire de moins en moins les consommateurs.

Le chocolat en poudre attire de moins en moins les consommateurs. - Daniel Janin / AFP

La fermeture de l'usine picarde productrice de chocolat en poudre pourrait intervenir dans les prochaines semaines. Les salariés protestent contre une décision injustifiée, l'usine réalisant encore des profits...

Les salariés de l'usine Nutrimaine, dernière productrice des poudres chocolatées Banania et Benco à Faverolles (Somme), étaient en grève vendredi à l'appel de la CGT pour "protester contre la fermeture du site", qui menace 40 emplois, a-t-on appris de sources concordantes.

"La direction veut fermer l'usine d'ici fin mars" et probablement "délocaliser la production en Allemagne", chez l'actionnaire majoritaire depuis 2010, le groupe Krüger. La "totalité du personnel" est donc en grève "pour sauver nos emplois, sauver nos marques et garder notre site de production à Faverolles", a expliqué à l'AFP Franck Bizet, délégué CGT et membre du comité social et économique (CSE). "On aimerait que Krüger accepte de lâcher les marques à un autre groupe pour que l'outil industriel et les emplois restent en France", a-t-il poursuivi.

Baisse structurelle de la consommation de chocolat en poudre

"Il ne s'agit pas d'un projet de délocalisation. L'entreprise souhaite dorénavant sous-traiter sa production, en France ou ailleurs", potentiellement au sein du groupe Krüger qui serait une option "logique", a indiqué un porte-parole de la direction, contacté par l'AFP. Pour la direction, le "projet de fermeture du site", annoncé aux salariés en novembre, est "lié aux conditions économiques du marché du chocolat en poudre, dont la baisse structurelle de consommation régulière s'est accélérée ces dernières années (-27% en huit ans et -7,7% en 2018)".

Les deux marques ont commencé "une stratégie de diversification", afin de "s'adapter aux nouveaux modes de consommation des Français", qui consomment de plus en plus de pâte à tartiner, biscuits ou lait prêt à boire, et "moins de poudre chocolatée", précise ce porte-parole.

Une usine “vétuste” selon la direction, mais encore très profitable...

La direction souligne aussi la "vétusté" de l'usine, "construite en 1972 pour produire 20.000 tonnes de poudre chocolatée par an et qui en produit aujourd'hui 7.700 tonnes". Mais elle "travaille avec les autorités", notamment pour "rechercher un éventuel repreneur pour le site" et "des partenariats dans la région pour sous traiter des productions de produits dérivés".

Pour Franck Bizet (CGT), "la fermeture ne se justifie pas": l'usine Banania-Benco "a une profitabilité annuelle de 9%" et "une contre-expertise du CSE a montré qu'elle n'est pas aussi vétuste que le dit la direction". Cette fermeture "est une stratégie de Krüger, qui veut faire remonter son chiffre d'affaires et rentabiliser son site de production en s'accaparant nos marques", a-t-il jugé.

La préfète de la Somme, les représentants de la direction et le président du Conseil régional des Hauts-de-France Xavier Bertrand devaient se réunir vendredi en préfecture pour "faire un point d'étape sur le dossier", selon la préfecture.

Hugo Baudino avec AFP